Pour une fois, plutôt que de prendre un vol direct Montréal-Seattle le samedi, je suis arrivé à Seattle un dimanche, par la route, depuis Vancouver.
Trois heures et demie d’asphalte sage, presque trop propre. La route n’offre rien à quoi se raccrocher. Un bref aperçu du pacifique sur la droite mais rien de passionnant. Elle n’excite pas. Elle prépare. Bellevue et Redmond m’attendaient, comme chaque année depuis 15 ans, comme un bureau bien rangé : efficace, sans mystère. J’y resterai quelques jours. Le travail d’abord. Toujours. Bellevue ne présente aucun réel intérêt. Des hôtels (trop chers), des bars/lounges (tous identiques, sans identité, lounges, musique boom boom…), des magasins (trop grands, que les grandes chaines et trop luxueux) et des restaurants (tous identiques et beaucoup trop chers). Bref… Des belles tours, mais depuis la disparition du Blue Martini qui semblait être une aberration avec ses soirées Salsa complètement folles, rien de très original.

Mais je sais déjà que l’autre Seattle m’attend. Celle qui se trouve de l’autre côté du lac Washington que l’on traverse une seule fois dans la semaine tellement le trafic est dense, comme on franchit une frontière intérieure. Le moment où l’on cesse d’être fonctionnel pour redevenir enfin disponible. Ce moment ou je laisse, avec tout mon consentement, la ville me prendre.
Je descends en général à l’hôtel Mayflower. J’y reviens toujours. Ils me connaissent bien maintenant. Certaines des chambres que j’ai occupé pourraient raconter de bien chaudes rencontres… Il a ce qu’il faut de silence, de gravité et de mémoire. Pas d’ostentation. Un hôtel qui n’a rien à prouver. Les chambres sont vastes, solides, silencieuses, pensées pour le repos… et idéalement placé au centre de la ville à distance raisonnable de mes points d’intérêts. 
L’ascenseur est lent et sans caméra. Et je dois admettre aimer ça dans certaines situations… Les portes se referment comme un rideau de théâtre. Le miroir, placé au fond de la cabine, renvoi des silhouettes qui ne se connaissent pas encore. Des parfums se croisent. Des regards glissent. Des politesses s’échangent. Personne ne s’excuse.
Je passe rarement plus de 2 nuits dans cet hotel, je pose mes affaires sans m’installer vraiment. Une douche. Longue. L’eau efface la semaine. J’enfile des vêtements choisis, pas par vanité, mais par respect. Seattle aime qu’on lui parle bien. Et elle le mérite!
Je sors.
A quelques pas de l’hotel, Pike Market m’absorbe immédiatement. Les cris des poissonniers, l’odeur de la mer, la foule qui se faufile. Le marché ferme tôt. Il faut le saisir pendant qu’il respire encore. J’adore retrouver cette vie qui grouille entre touristes et locaux pressés de rentrer chez eux avec leurs dernières courses.
Dans le Pike Market, je m’arrête parfois chez Place Pigalle. Quelques huîtres. Un verre. La vue sur le Puget Sound. L’iode sur la langue. C’est une mise en bouche.


Cette année, pourtant, j’ai suivi une autre pulsion. Sous les sphères d’Amazon, le Deep Dive. Un speakeasy comme un secret bien gardé. Les cocktails sont précis, sensuels, construits comme des phrases longues. Les bartenders sont des artistes qui maîtrisent leur art à la perfection.
Devant moi, à l’entrée, deux femmes attendent patiemment. Robes années 1920. Chapeaux bas. Elles semblaient sortir d’un autre temps. Je n’ai pas réfléchi. Je leur ai dit qu’elles étaient ravissantes. En français bien sûr 🙂
L’accent ouvre toujours quelque chose.
Elles partent devant moi et se trouvent placées en salle. C’est maintenant à mon tour et je demande toujours une place au comptoir. Pour moi, c’est le balcon du théâtre. L’endroit parfait pour jouir du spectacle des préparations des breuvages.
Plus tard, les deux femmes me rejoindront au bar pour profiter, elles aussi, du spectacle et de quelques mots en Français. Rien d’appuyé. Rien de promis. Jamais. Juste cette certitude que la nuit avait commencé sur les notes délicatement acides d’un French75… Suivi de délicieuses huîtres accompagné d’une de leur signature… Qui sait ou elle se terminera…
Le vendredi est mon vrai point de bascule.
Il m’arrive de traverser le lac pour y assister aux dernières rencontre et je rentre de Redmond en fin d’après-midi. Je prends mon temps. Je m’habille lentement. Pour séduire. Chaque pièce de vêtement compte. Seattle remarque les détails.
Je descends marcher. Alaskan Way. Pike Market. La lumière baisse. La ville change de texture. Les femmes me regardent plus franchement. Certaines sourient. D’autres s’attardent. Elles savent reconnaître un homme qui ne traverse pas la nuit par hasard. Et je me délecte des traces de parfum qu’elles trainent derrière elles de manière désinvolte.
Il m’arrive très souvent de commencer la soirée par un verre au Zig-Zag Café. Cet endroit fut il y a quelques années le repère de Murray Stenson ou il réinventa le cocktail The Last Word. Cet endroit est tout simplement délicieux. Les cocktails, même sans Murray (qui malheureusement n’est plus mais que je me réjouis d’avoir eu la chance de rencontrer), sont divins! Le nouveau bartender est un magicien et les Mojitos y sont merveilleux. Il m’est souvent arrivé d’y donner rendez-vous, la carte du restaurant est fine et la cuisine est de très bonne qualité.
Mais ce soir, le Zig-Zag est encore vide. Il est trop tôt. Et je décide de me diriger vers mon autre endroit de prédilection à quelques pas de là…
Le Dressing room du Can-Can m’accueille comme une vieille amante. C’est un endroit directement inspiré des grandes heures du spectacle Burlesque. La salle est magnifique. Rouge profond. Velours. Miroirs. La carte de cocktails est une déclaration de guerre à la banalité. L’absinthe y est reine. Je commande toujours quelque chose qui brûle un peu comme par exemple un Fool’s Gold.
Le merveilleux gumbo arrive. Dense. Riche. Réconfortant. Il tient au corps. Et parfaitement préparé et épicé comme à la Nouvelle-Orléans.
Puis le spectacle du Can-Can.
Burlesque. Exubérant. Délibérément exagéré. Délicatement indécent. Spectacular! Spectacular!
Les corps s’offrent. La salle toute entière est impliquée dans le show. Le théâtre est somptueux.
À chaque fois, je me dis que cet endroit mérite une nuit libertine totale. Loué. Transformé. Dévoué au désir. J’en rêve! Une soirée « Les chandelles » totalement exubérante digne des soirées du Great Gatsby… Une orgie totalement folle rythmée par les scènes du spectacle burlesque… En attendant, j’ai du me résoudre à y organiser « Un Caprice » pour une délicieuse habitante de Seattle qu’il m’arrive de revoir encore…
Quand je sors, je suis prêt pour la prochaine étape. Tous mes sens en éveil.
A quelques miles du centre ville, le Club Sapphire ne prévient pas.
Il se cache.
Un immeuble de bureaux, presque administratif, totalment quelconque. Une façade qui ne promet rien. Un banal cabinet de dentiste tout au plus.
Et c’est parfait!
Ceux qui entrent savent… Les autres passent leur chemin. 😉
À l’accueil, tout est clair. Les hommes seuls sont peu nombreux. Sélectionnés. Comptés. Les billets doivent être achetés à l’avance et l’accès aux nouveaux hommes est soumis à la participation d’une soirée d’orientation le mercredi soir. Le membership payé. Le prix est élevé. Il filtre mieux que n’importe quel discours.
À l’intérieur, la salle principale respire. Vaste mais organisée par zones. le DJ booth dans le coin à droite. La musique est juste. Son volume n’est pas trop élevé. Une piste de danse généreuse. Des banquettes comfortables où l’on peut s’asseoir, parler, observer. Ici, on ne crie pas pour exister. Face à l’entrée, le bar, large et accueillant.
Ce vendredi là, le thème flotte dans l’air comme une invitation dangereuse: Gang Bang Night!
Lors d’une première partie, les femmes expriment et vendent leur(s) fantasme(s) ou leur(s) envie(s) du soir.
Puis elles circulent. Elles regardent. Elles évaluent.
Elles choisissent ceux qui leur semblent pouvoir satisfaire à leurs envies.
Elles disposent de bracelets qui servent à confirmer leur choix.
Être choisi n’est pas un trophée. C’est un engagement.
Je me réjouis d’entendre que pour plusieurs des femmes présentes, la double pénétration fait partie de leurs désirs ce soir.
J’ai l’honneur de récolter 3 bracelets…
Néanmoins, je prends le temps. Je parle. Je danse un peu en profitant pour goûter aux délicieux mouvements de bassin de certaines. Je bois. J’écoute. Je flirt. J’embrasse. Mon habituelle volubilité 🙂
Accessible par un couloir placé au bout du comptoir, au centre de la pièce, dans la zone coquine, l’atmosphère est déjà beaucoup plus chaude. Les premiers soupirs, gémissements et claquements des corps se font déjà entendre. Les hommes sélectionnés rejoignent leur partenaires réparties dans l’ensemble du club.
Dans la salle d’exhibition, la première à gauche une fois dans la zone coquine, les corps sont visibles, mais jamais pressés. Les femmes décident. Toujours. Elles invitent. Elles repoussent. Elles composent. La pluralité n’est pas une foule désordonnée. C’est un mouvement au contraire qui demande une certaine architecture et un rythme organisé.
Je me laisse salir par la nuit.
Par les regards.
Par la chaleur.
Par les odeurs.
Par cette sensation rare d’être exactement à sa place.
Plus loin, les espaces initialement réservés aux couples lors des soirées traditionnelles, offrent d’autres rythmes. Alcôves profondes et confortables. Portes entrouvertes. Matelas qui gardent la mémoire. Tout circule. Rien ne force. Les regards accrochent. Les mains retiennent. Les corps se frolent. Se penètrent. Jouissent!
Au bout d’un couloir, la dernière des femmes m’ayant fait l’honneur de me choisir se trouve dans une salle plus petite mais dont la totalité du sol est couverte d’un immense matelas invitant aux mélanges. J’entre dans la pièce et la belle est déjà solidement besognée par 2 hommes dans une synchronization parfaite de leurs reins. De délicieux vocalises s’échappe de sa bouche par moment lorsque son 3ème partenaires lui en laisse l’opportunité. Un homme que j’identifie rapidement comme son compagnon se trouve dans le coin opposé et se régale du spectacle de quatuor en se masturbant. L’énergie semblait déjà très intense depuis plusieurs minutes et je profitais d’un changement de position pour me glisser parmi les queues disponibles pour offrir à cette gourmande une nouvelle série de chevauchées effrénées. Elle atteignit la jouissance bruyamment entraînant avec elle son compagnon.
Ce que j’aime au Sapphire, ces soirs-là, c’est que le désir n’est jamais hystérique. Il est dense. Conscient. Choisi. Consenti.
Aux alentours de minuit, nombreux sont ceux déjà repus qui quittent le club.
Ceux qui restent ont décidé de rester. La nuit est plus lente… Plus intime… Plus vraie… Et j’adore sentir ces corps déjà repus de jouissance intenses qui aiment profiter de plaisirs plus doux.
Le samedi matin, je reviens au jour.
Direction Lowell’s, au Pike Market. Petit-déjeuner face au Puget Sound. Les œufs bénédicte au saumon frais sont une caresse lente. Le corps reprend forme.
En milieu d’après-midi, je fais toujours le détour par Pike Place Chowder. Leur clam chowder est parmi les meilleures que j’aie jamais eu la chance de mangées. Sans débat. Crémeuse, généreuse, équilibrée. Elle réconcilie tout.
Il faut arriver tôt. La file peut être longue. Le lieu ferme vite. L’attente fait partie du rituel.
Le soir, je repars.
Je m’habille encore. Mieux.
Dress to impress!!
Les femmes le remarquent. Toujours.
Certaines me le disent.
D’autres me le montrent autrement.
Je marche. Je vagabonde. Je n’ai plus de plan.
Seattle me salit encore.
De regards.
De parfums.
De promesses non tenues et d’aventures commencées.
Au Keys on Main, la musique finit toujours par gagner.
Deux pianos qui se font face, comme deux amants qui se provoquent. Les musiciens jouent avec le public, l’embarquent, le taquinent. On chante faux, on rit trop fort, on tape des mains sans se demander pourquoi. C’est un joyeux désordre. Une merveilleuse chaleur collective.
Je suis au bar. Un verre à la main. Bien habillé. Les chaussures cirées, la chemise ouverte juste ce qu’il faut. Dress to impress.
Les femmes le remarquent. Je le vois à la façon dont leurs yeux remontent lentement, sans se presser. Certaines se rapprochent sous prétexte de commander. D’autres chantent à côté de moi, leurs épaules collées aux miennes.
On se penche pour se parler. Il faut presque se crier à l’oreille. Délicieux prétexte… Les visages sont proches. Trop proches pour rester neutres. Les rires deviennent plus bas. Les mains s’attardent sur un avant-bras, sur une taille, sur le bas du dos.
Les premiers baisers arrivent souvent ici.
Des baisers spontanés, pris dans l’élan d’un refrain. Pas profonds, pas sérieux. Des baisers de nuit qui commence. Lèvres encore tièdes d’alcool, de rire, de musique. On s’embrasse comme on trinque: pour célébrer l’instant.
Quand je quitte Keys on Main, je suis déjà chargé…
Pas ivre. Chargé!
Et parfois délicieusement accompagné.
La nuit m’a déjà sali.
Je saute dans un Uber. Capitol Hill m’attend.
Je monte comme on change de registre. Les rues sont plus serrées, plus bruyantes. Les corps circulent vite. Ici, personne ne fait semblant d’être sage.
Au Havana Club, la chaleur est immédiate.
La musique latine frappe bas, dans le bassin, dans les pieds. Impossible de rester immobile. Salsa, bachata, rythmes lents et insistants. La piste est pleine. Les corps se frôlent sans s’excuser. Ici, le contact n’est pas une audace, c’est la règle. La température n’est pas sans rappeler celle de Cuba sur la piste de danse.
Je danse. Longtemps. Intensément.
La salsa impose une proximité qui ne ment pas. Les mains trouvent leur place naturellement. Dans le dos, sur la taille, parfois plus bas. Les hanches se répondent. Les corps s’accordent. La sueur arrive vite. Les respirations se croisent.
Les baisers ici sont différents.
Ils ne sont pas volés.
Ils sont consentis et désirés.
Entre deux morceaux, quand la musique ralentit, les visages se rapprochent. On se parle à voix basse, juste pour sentir le souffle de l’autre. Les lèvres se touchent d’abord par accident, puis volontairement. Les baisers sont longs, appuyés, encore en mouvement. On s’embrasse sans arrêter de danser, sans rompre le rythme. La musique continue à traverser les corps.
Certains baisers s’arrêtent là. D’autres s’approfondissent. Une main reste accrochée. Une hanche ne se détache plus. On sort parfois prendre l’air ensemble, encore collés, encore chauds. Les regards disent clairement que la nuit n’a pas encore livré son dernier acte.
Quand les lumières annoncent la fermeture, je suis trempé.
Fatigué juste ce qu’il faut.
Chargé de cette sensualité brute que seule la danse laisse sur la peau.
Il est presque trois heures du matin quand j’aime à me diriger vers Lost Lake Cafe & Lounge quand il n’est pas encore urgent de rejoindre l’hôtel…
C’est là que la nuit ralentit sans mourir.
Lost Lake est un refuge nocturne. Un vrai diner américain, ouvert quand le reste de la ville dort et idéalement situé juste en face du Havana Club. Banquettes confortables, lumière franche mais jamais agressive. On y arrive encore habité par la nuit. Parfois seul. Souvent accompagné.
Je m’assieds. Le café arrive. Puis la nourriture. Œufs, bacon, pancakes. Du concret. Du réconfort.
Les conversations changent de texture ici. Elles deviennent plus intimes, plus vraies. On se regarde autrement. On se touche sans y penser. Une main sur une cuisse. Un genou qui reste collé. Les baisers reviennent parfois, plus calmes, plus lents, comme s’ils avaient trouvé un autre rythme.
Lost Lake est l’endroit où l’on décide.
Rentrer seul.
Ou rentrer ensemble.
Quand je quitte enfin le diner, la nuit m’a réellement marqué.
De musique.
De danse.
De baisers.
De corps.
Le Uber me ramène au Mayflower. La ville est presque dévenue silencieuse. La chambre m’attend. Et même quand je suis seul, je ne l’ai jamais été vraiment. La nuit est encore là. Sur la peau. Dans les muscles. Dans la tête.
Seattle ne se contente pas de séduire.
Elle s’imprime dans la peau.
Elle donne envie de rester.
Ou de revenir très vite.
Et j’ai le privilège de le faire, chaque année, depuis maintenant 15 ans.
Chaque fois le rituel semble immuable: Swing.com (Ancien swinglifetyle.com) et Kasidie.com pour y préparer mes rencontres. Le premier était un peu vieillissant mais reste une référence pour beaucoup et le second étant le site d’annonces le plus utilisé dans l’ouest des États-Unis d’Amérique.






















































