Chaque année, le 14 février revient comme une ritournelle que l’on nous impose. Restaurants pleins, publicités dégoulinantes de romantisme stéréotypé, injonctions sociales à célébrer l’amour comme si ce dernier pouvait se résumer à une boîte de chocolats et un bouquet de roses. Moi ? Je déteste la Saint-Valentin. Non pas parce que je rejette l’amour ou le désir, bien au contraire. Mais parce que cette fête résume tout ce que je méprise dans la manière dont la société nous dicte ce que nous devons ressentir, comment et surtout quand.

L’amour ne se décrète pas, il se vit

Aimer, pour moi, est intimement lié au désir. Et ce désir doit être volontaire. Il ne doit pas être dicté par un calendrier, par une date imposée qui nous ordonne soudainement d’avoir envie de quelqu’un, d’être en amour, de prouver nos sentiments. L’amour est spontané, sauvage, libre. Il naît et s’entretient par l’envie, par la surprise, par la tension délicieuse entre ce que l’on peut avoir et ce que l’on convoite encore. Le calendrier, lui, n’a de valeur que si nous décidons de l’utiliser pour pimenter ce jeu. Mais jamais il ne doit devenir une règle immuable qui nous force à jouer un rôle.

L’amour n’est pas une question de « moitié »

L’une des idées les plus toxiques véhiculées par la Saint-Valentin – et par notre société en général – est celle de la « moitié ». Cette croyance absurde qu’il faut être deux pour être entier, qu’un homme ou une femme seul(e) est forcément incomplet(e). Mais moi, je suis entier. Je n’ai pas besoin de quelqu’un pour me compléter, pour me définir ou pour justifier mon existence. L’homme ou la femme qui occupe mes désirs n’est en aucun cas ma « moitié ». C’est une personne à part entière, tout comme moi. Nous nous croisons, nous nous désirons, nous nous accompagnons parfois, mais nous ne nous appartenons pas et nous n’avons pas besoin de fusionner pour exister.

Cette idée que nous serions fondamentalement incomplets est une construction culturelle qui trouve ses racines dans une époque où l’individu n’avait de valeur que par sa capacité à se reproduire et à perpétuer une lignée. Pendant longtemps, un homme sans femme n’avait pas d’importance sociale, car il ne pouvait pas assurer la survie de l’espèce. Et une femme sans homme était encore pire : reléguée à un statut de dépendance ou de marginalité.

Une fête issue d’une société patriarcale

La Saint-Valentin, derrière son vernis de romantisme, est l’héritage d’une société patriarcale qui a toujours cherché à encadrer les relations humaines pour mieux contrôler les individus. Pendant des siècles, la richesse et le pouvoir se sont transmis par les hommes. Il fallait donc s’assurer que les alliances étaient solides, que les mariages étaient concluants et que les femmes restaient dans leur rôle de procréatrices. Les religions ont largement contribué à renforcer ce système, sacralisant l’union entre un homme et une femme et imposant l’idée que la plus grande réussite d’une femme était de donner naissance à un héritier mâle.

Cette obsession pour la filiation masculine vient sans doute d’une frustration ancestrale : celle de l’homme qui, malgré son pouvoir et sa force, reste dépendant du corps de la femme pour perpétuer son nom. Une dépendance qui a engendré, au fil des siècles, d’innombrables tentatives pour restreindre la liberté des femmes et contrôler leur rôle dans la société.

Aimer librement, en dehors des dates imposées

Je refuse que mon désir soit conditionné par un calendrier. Je refuse qu’on me dicte ce que je dois ressentir et à quel moment. Aimer, c’est bien plus grand qu’un dîner en tête-à-tête un soir de février. C’est une danse de tous les jours, une succession de moments volés, d’instants brûlants, de choix assumés et de surprises inattendues.

Alors non, je ne fêterai pas la Saint-Valentin. Pas parce que je n’aime pas. Mais parce que j’aime librement, hors des cases, sans dates imposées, sans obligations artificielles. Et c’est précisément pour cela que mon amour et mon désir ont plus de valeur que toutes les cartes de vœux et les chocolats du monde.