La solitude reste l’un des tabous de notre société mais aussi du libertinage. Et c’est un paradoxe presque ironique. Un univers qui se revendique libre, affranchi des normes, mais qui supporte très mal l’idée d’un individu pleinement seul, autonome, non adossé à une validation extérieure. On tolère la multiplicité des corps, des partenaires, des scénarios. On tolère beaucoup moins la souveraineté intérieure.

Je reste intimement convaincu d’une chose, et je l’assume sans détour : le libertinage est un acte fondamentalement individuel.

Il peut se vivre à deux. Il peut s’inscrire dans un couple. Il peut même s’y épanouir. Mais à la racine, au point de départ, il n’appartient qu’à une seule personne : soi.

Cette nuance change tout.

On entretient une confusion tenace entre libertinage et fusion. Comme si explorer le désir impliquait nécessairement de se fondre dans une entité à deux têtes, à deux agendas, à deux désirs parfaitement synchronisés. Or cette vision est fausse. Dangereusement fausse. Elle fabrique des dépendances déguisées en liberté.

Les couples libertins qui fonctionnent vraiment ne semble pas être fusionnels. Ils semble être l’addition de deux individualités solides. Deux désirs autonomes qui se rencontrent, parfois se croisent, parfois divergent, mais ne s’annulent jamais. Chacun y joue son propre jeu libertin. Ensemble, parfois. Séparément, souvent dans l’intention. Sans jamais renoncer à sa liberté individuelle. Sans jamais instrumentaliser l’autre comme caution morale ou affective. Sans jamais utiliser l’autre comme monnaie d’échange. (Beaucoup continue à appeler le libertinage, l’échangisme… Si l’échange est réel, il n’est qu’une pratique parmi celles nombreuse du libertinage et cet échange s’appuie trop souvent sur des compromis… Un doit souvent se renier pour le plaisir de l’autre et, force est de constater que c’est souvent la femme dans ce cas…)

Le couple, dans ce cadre, devient une chose précieuse : un espace choisi, un point d’ancrage, pas une prison. Une manière de s’aménager une fenêtre de liberté dans un cadre contrôlé, rassurant, consenti. Une liberté qui n’existe pas contre la relation, mais à côté d’elle.

Et c’est exactement là que la solitude entre en scène.

Car pour accepter cette vision du libertinage, il faut avoir apprivoisé le fait d’être seul. Réellement seul. Pas en attente. Pas en transit. Pas en souffrance.

La société adore raconter que la solitude est un problème à résoudre pour des raisons évidentes de morale mais surtout de commerce. Le libertinage, parfois, reprend ce discours sous une autre forme : plus festive, plus charnelle, mais tout aussi pressée. Toujours être invité. Toujours être désiré. Toujours être validé. Toujours être “dans le jeu”.

En cherchant absolument à combler un vide, on finit par se trahir. Et surtout, on finit par faire peur.

La peur ne vient pas de la solitude. Elle vient du manque. De l’attente. De cette tension invisible qui flotte autour de ceux qui cherchent chez l’autre une réparation, une confirmation, une béquille émotionnelle. Le désir, lui, déteste ça. Il recule. Il se ferme. Il fuit.

C’est là que le renversement devient nécessaire.

Arrêtez de vous demander ce que les autres peuvent faire pour vous.
Des invitations. Des soirées. Une présence.
Demandez-vous ce que vous pouvez proposer.

Une idée.
Un moment.
Une curiosité.

Pas une attente.

You are the party.

Et ce n’est pas une formule creuse. C’est une discipline intérieure. Une manière d’habiter sa vie sans la mettre en gage.

Je l’ai appris le jour où j’ai cessé d’attendre. J’ai commencé à proposer. Simplement. Un verre dans un bar que j’aimais. Une soirée un peu à l’écart. Une découverte. Parfois à des couples. Parfois à des femmes seules. Toujours sans promesse. Toujours sans scénario caché. Sans chercher du Sexe comme un mort de faim.

Certaines invitations ont été refusées. Et il faut être honnête : si un refus vous atteint, ce n’est pas l’autre qui vous blesse. C’est votre rapport à votre solitude qui vacille. Un refus n’est pas un jugement. C’est un non, ponctuel, contextuel, sans portée ontologique. Juste un non.

D’autres invitations ont été acceptées. Des couples ont embarqué, précisément parce qu’il n’y avait pas d’enjeu. Des femmes seules aussi, heureuses de ne pas être convoquées à un rendez-vous déguisé. Un traquenard. Les soirées étaient légères, fluides, sans dette émotionnelle. Chacun venait entier. Personne ne venait combler quoi que ce soit. Beaucoup de ces soirées ont simplement débouchées sur un baiser. Mais, pour ceux qui me connaissent… C’est déjà beaucoup! Partager un baiser est parfois plus satisfaisant que le sexe.

Mais les soirées les plus structurantes n’ont pas toujours été celles partagées.

Il y a eu ces soirs où je suis sorti seul, volontairement. Sans plan B. Sans filet. Une soirée « random » ou je suis tombé sur des cours de swing où je ne connaissais personne. Un cours de salsa suivi sur un coup d’élan, juste parce que la musique débordait dans la rue. Des heures à observer, à danser maladroitement, à exister sans rôle à jouer. Des soirées passées dans des speakeasies à discuter cocktails avec les bartenders… Et rentrer chez moi ancré, calme, souverain.

Ces moments-là forgent quelque chose de rare : une estime personnelle qui ne dépend ni d’un regard, ni d’un message, ni d’un désir exprimé par l’autre.

Soigner son côté solo n’est pas une phase transitoire. C’est un socle. Et ce socle rend tout plus juste. Les relations. Les jeux libertins. Le couple, s’il existe.

Car une personne qui sait être seule devient profondément désirable. Pas parce qu’elle séduit davantage, mais parce qu’elle ne réclame rien. Elle choisit. Elle peut désirer sans dépendre. Elle peut partager sans s’accrocher. Elle peut aimer sans se dissoudre.

Le libertinage, au fond, n’est pas une accumulation d’expériences. C’est une liberté de mouvement. Et la première, la plus exigeante, c’est celle de pouvoir être bien avec soi-même.

Être seul n’est pas un échec.
C’est une compétence.
Une souveraineté.

Et lorsque cette solitude est intégrée, assumée, pacifiée, le libertinage cesse d’être une fuite. Il devient ce qu’il aurait toujours dû être : une exploration consciente, joyeuse, profondément libre.

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