Le Yoko Luna vibrait déjà d’une vie sourde quand j’entrai. Les lumières, tamisées, se posaient en nappes dorées sur les boiseries noires, comme une peau brillante de sueur sous un éclairage de fin de soirée. L’air était dense, mêlant parfums de cuisine — coriandre, gingembre confit, soja caramélisé — et notes plus animales, apportées par les corps et les vêtements.

Je choisis ma place au comptoir, au fond, là où l’on peut tout observer. Je commandai un Expresso Martini, que je fis préparer au mescal fumé. La première gorgée, chaude et amère, roula dans ma bouche avant de descendre me réchauffer la poitrine. Le goût restait, avec une pointe de fumée presque charnelle, comme une langue qui s’attarde.

Atchy arriva, sourire complice, accolade brève, et cette certitude silencieuse : ce soir, on va loin.

Puis elle entra. S.
Sa robe violette, presque pourpre, semblait avoir été pensée pour troubler les sens : le tissu fluide collait aux hanches, se décollait aux mouvements, dévoilait la chair pâle de ses cuisses à chaque pas. Son parfum, floral et vanillé, vint me frapper avant même qu’elle ne soit assise. Elle embrassa Atchy comme une femme qui reprend un livre arrêté au milieu d’une scène brûlante, puis me fixa de ses yeux sombres : tout y était, l’invitation, la certitude, et l’envie crue de jouir.

Elle s’installa entre nous. Les paroles furent brèves, vite remplacées par des baisers. Pas de préliminaire social, pas de retenue polie : nos lèvres se soudèrent, nos langues s’enroulèrent avec l’urgence des bêtes qui se flairent et se prennent. Elle alternait, un baiser à moi, un à Atchy, ses mains glissant sur nos cuisses, pressant déjà nos érections.

Quelques regards se posèrent sur nous. À ma gauche, un couple s’interrompit de parler ; l’homme avait ce sourire complice, la femme un froncement de sourcils qui dissimulait mal l’intérêt. Plus loin, deux femmes seules se penchaient l’une vers l’autre, leurs yeux fixés sur nos bouches, comme si elles se partageaient déjà ce que S vivait.

Nous rejoignîmes la banquette, et là, le jeu changea de nature. Elle se laissa couler entre nous, étendant ses jambes sous la table. Ma main remonta le long de sa cuisse, franchit la frontière de sa robe, rencontra la dentelle chaude et fine de sa culotte. Elle écarta un peu plus les jambes, m’offrant ce que je cherchais. Je fis jouer mes doigts sur le tissu, traçant des cercles lents sur son clitoris à travers la dentelle.

Atchy posa sa main sur la mienne, guidant mes gestes, appuyant parfois plus fort, parfois relâchant. Nous étions deux à jouer avec elle, comme deux mains d’un même corps. D’un mouvement sec, je tirai la culotte de côté. Mes doigts glissèrent sur sa fente humide, s’enfoncèrent juste assez pour la sentir se contracter. Elle haletait dans nos baisers, ses mains serrant nos sexes à travers nos pantalons, alternant les caresses comme elle alternait nos bouches.

La DJ lança un morceau lent, chargé de basses. Nous nous levâmes pour danser. Elle ondulait contre moi, dos collé à mon torse, puis pivotait pour se coller à Atchy, l’embrasser, mordiller sa lèvre, avant de revenir vers moi. La salle nous regardait. Certains souriaient, d’autres rougissaient, mais personne ne détournait les yeux.

En me rendant aux toilettes, les questions pleuvaient : « Que se passe-t-il avec vous trois ? »
Je répondais, un sourire en coin : « Nous offrons à Madame un Caprice… » Les femmes me demandaient ma carte, certaines effleurant mon bras comme pour prélever un peu de l’électricité qui nous entourait.

À l’hôtel Sheraton proche, la porte à peine refermée, sa robe glissa sur le sol, dévoilant la nudité satinée de ses cuisses et l’éclat sombre de sa lingerie. Je l’assis sur le comptoir devant la baie vitrée. Elle écarta les jambes, et je plongeai ma langue entre ses lèvres gonflées, goûtant cette liqueur chaude pendant qu’Atchy lui glissait sa queue dans la bouche. Elle gémit, un son guttural qui vibrait jusque dans mon sexe.

Puis nous la retournâmes. À quatre pattes sur le comptoir, Atchy derrière elle, la prenant d’un coup de reins puissant, moi devant, sentant ses lèvres et sa gorge se fermer autour de moi. Ses mains agrippaient le bord, ses yeux levés vers moi dans un mélange de supplication et de défi.

Nous la portâmes au lit. Elle monta sur Atchy, s’empalant sur lui, pendant que je venais derrière. Mes mains écartèrent ses fesses, et je glissai dans son autre entrée. Elle hurla, un cri rauque qui fit trembler ses jambes. Ses seins rebondissaient, ses mains nous agrippaient tous les deux.

Nous alternions les positions : couchée sur le dos, les jambes écartées, nous pénétrions ses deux ouvertures en même temps, nos sexes se frôlant à l’intérieur d’elle. Allongée sur le ventre, elle recevait nos assauts comme une mer avalant deux vagues à la fois. À genoux, elle suçait l’un pendant que l’autre la prenait par derrière, sa salive coulant sur son menton, ses fesses claquant sous l’impact.

Elle jouissait en vagues, son corps se cambrait, ses mains griffaient nos cuisses, ses cris emplissaient la chambre. Montréal brillait derrière la vitre embuée, témoin muet de cette débauche.

Vers deux heures, Atchy s’éclipsa. S et moi restâmes enlacés, encore chauds et moites. Nous refîmes l’amour plus lentement, mes mains sur ses hanches, ses cuisses serrées autour de moi, ses soupirs me caressant l’oreille. Quand elle partit au matin, l’air portait encore l’odeur du sexe, du mescal… et d’une nuit où tout avait été pris et donné.