Quand je rentre en France, certaines habitudes reviennent avec la même régularité que les odeurs familières d’un lieu longtemps quitté. Wyylde en fait partie. Non pas comme un terrain de chasse, mais comme un espace de veille, de lecture, de reconnaissance parfois. J’y suis attentif aux mots bien plus qu’aux images, aux phrases qui savent attendre plutôt qu’aux promesses trop rapides.
C’est là, un dimanche, que son message est apparu.
Bonjour Nicolas,
Cela fait quelques mois que je vous ai remarqué sans jamais oser vous envoyer un message…cela m’arrive lorsque je me sens impressionnée. Je perds alors un peu de mon assurance et une forme de timidité s’installe. Mais hier soir, j’ai vu par hasard que vous étiez à Rennes, du moins c’est ce que j’ai cru comprendre. J’ai lu vos écrits sur votre page-blog et vos mots sont captivants, habiles.
Votre plume à la fois audacieuse et pudique dévoile une personnalité aussi sensible qu’ intrigante. En vous lisant, déjà vous m’avez séduite. J’aimerais vous rencontrer si vous n’y voyez pas d’inconvénients bien-sûr…serez-vous au Decli’x cette après-midi comme vous l’avez notifié ? Ou dans un autre endroit si vous le préférez.
Lydie.
Je l’ai lu lentement.
Puis je l’ai relu.
Encore.
Il y avait dans ce message une chose rare : une retenue qui n’était pas une faiblesse, une timidité qui n’annulait pas l’audace. Une femme qui écrit ainsi sait exactement ce qu’elle fait. Elle parle d’assurance perdue, mais chaque phrase est tenue, précise, délicate. Elle ne s’excuse pas d’exister. Elle propose.
Le désir est né là, dans cette zone intermédiaire entre la tête et le corps. Pas une excitation brutale. Une mise en tension lente, presque intellectuelle. Celle qui rend le regard plus attentif, la peau plus réceptive.
Je lui ai répondu sans chercher à embellir quoi que ce soit :
Oh! Je m’en veux d’être arrivé ci tard. Je me suis sauvé d’un repas de famille pour arriver au club a 18h seulement.
J’ai eu la chance de profiter de la douceur du jacuzzi et de quelques douces caresses. Je vais y retourner demain dans l’après-midi en route vers Nantes. Je serais de retour a Rennes mercredi.
J’aimerais beaucoup avoir la chance de vous rencontrer.
Merci beaucoup pour vos lectures et vos encouragements. C’est sincèrement très apprécié 😘
Sa réponse est arrivée comme une caresse verbale, posée, profonde :
Vous écrivez exactement comme je l’imaginais…avec douceur et élégance. J’aimerais beaucoup vous rencontrer aussi même si seulement autour d’un verre, à vous écouter parler. Votre expérience de vie présente des similitudes avec la mienne et forcément notre façon de concevoir le libertinage également. C’est rare de rencontrer des personnes qui nous ressemblent finalement. Même si la séduction n’opère pas, ce n’est pas grave, juste le plaisir de vous avoir en face de moi suffira.
Ne vous inquiétez pas pour cette après-midi, je n’y suis pas allée. J’attendais votre réponse, je ne voulais pas y aller sans avoir la certitude de vous y trouver. Demain après-midi je travaille. Si vous revenez mercredi à Rennes alors nous pourrions peut-être déjeuner ou dîner ensemble ou juste un verre selon vos disponibilités. Je ne travaille pas mercredi, je serai disponible à l’heure que vous proposerez.
Vos écrits sont fascinants…je rêve de pouvoir un jour en faire autant. J’ai déjà hâte de vous écouter.
Douce nuit…
À cet instant précis, je savais que quelque chose était engagé. Pas une promesse de chair immédiate. Une ligne de tension. Une attente organisée. Le désir n’était pas encore descendu dans le corps, mais il avait déjà commencé son travail.
Le mercredi, en fin d’après-midi, je revenais de Nantes. La conférence avait laissé ce mélange particulier de fatigue et de clarté. Le corps voulait s’asseoir. L’esprit refusait de se refermer. Je me suis installé au Balthazar, rue du Maréchal Joffre, dans ce salon feutré où les canapés semblent conçus pour accueillir les corps autant que les pensées.
La lumière y est basse, chaude. Elle ne révèle pas, elle suggère. L’air sent le linge propre, les huiles discrètes, le bois ciré. J’y ai trouvé exactement l’état que je cherchais : une disponibilité lente.
Quand elle est entrée, je l’ai reconnue avant même de la voir clairement. Certaines présences modifient l’espace. La sienne faisait cela. Elle s’est approchée, s’est assise face à moi, et presque aussitôt, elle a croisé les jambes.
Ce geste.
Lent.
Mesuré.
La soie de ses bas a accroché la lumière. À chaque mouvement, la matière dessinait une ligne nette, une promesse contenue. Sous ce voile, la dentelle apparaissait par fragments : fine, sombre, classique. On devinait la structure d’un porte-jarretelles ancien, élégant, presque cérémoniel. Rien n’était montré. Tout était laissé à l’intelligence du regard.
À chaque nouveau croisement, la jupe remontait imperceptiblement. Juste assez pour que le désir s’installe sans jamais pouvoir se satisfaire. C’était une mise en scène maîtrisée, savante, terriblement excitante.
Nous parlions.
De littérature.
De libertinage comme culture.
De vies parallèles.
Mais sous la table, ses jambes continuaient leur danse. Et mon corps, lentement, répondait. Une chaleur profonde, basse, s’installait. Pas de précipitation. Une attente disciplinée.
Je savais que rien ne se passerait ce mercredi. Et cette certitude même rendait chaque détail plus intense. En nous quittant, le désir n’avait pas été consommé. Il avait été dressé.
Le jeudi soir, Rennes vibrait autrement. Premier soir des Transmusicales. La ville semblait plus dense, plus chaude. Nous nous sommes retrouvés au Penny Lane. Dès que je l’ai vue, j’ai su que le mercredi avait laissé des traces.
Elle s’est assise face à moi.
Ses jambes ont repris leur jeu.
Les mêmes bas.
La même soie.
La même dentelle qui apparaissait et disparaissait au rythme de la conversation.
Cette fois, le scénario était assumé. Le désir descendait franchement. Nous sommes passés par le Piccadilly, mais le lieu était trop bruyant, trop saturé. Pas propice à la découverte. Pas à l’écoute. Le désir devait se déplacer.
Le Big Bazaar nous a offert le temps. L’ancienne prison Saint-Michel impose le silence, la lenteur. Nous avons dîné longtemps. Elle m’a parlé de ses visites au Decly’x, au California. De la chaleur, des couloirs, de la lenteur des regards. Elle parlait de rituels, de culture libertine, pas de performances.
Je lui ai raconté le Before, à Nantes, le mardi soir après la conférence. La transition brutale entre la parole publique et la nudité, la chaleur, le regard des autres, le corps qui reprend sa place.
Le temps s’est dissous.
Quand nous avons regardé l’heure, il était trop tard.
Le California était fermé.
Cette impossibilité a densifié l’air. Le désir, privé d’échappatoire, s’est resserré.
Dehors, la nuit était froide. Nous marchions. À un moment, elle s’est arrêtée. Elle m’a regardé. Sans question. J’ai réservé le Mercure.
La chambre était simple. La porte s’est refermée derrière nous avec ce bruit mat qui signe l’irréversibilité. Il n’y a pas eu de précipitation. Il y a eu une reconnaissance lente, profonde. La tension accumulée depuis dimanche, retenue mercredi, attisée jeudi, a trouvé sa place.
Les corps ont enfin cessé de négocier.
L’air était chargé d’une tension palpable, une promesse de plaisir imminent. Elle portait Libre le parfum d’Yves Saint Laurent, une fragrance envoûtante qui se mêlait à l’odeur subtile de sa peau, une symphonie olfactive qui éveillait tous mes sens.
Nos regards se sont croisés, et dans cet échange silencieux, nous avons compris que la nuit serait nôtre.
Le déshabillage a commencé, lent et délibéré, une exploration mutuelle où chaque morceau de tissu retiré révélait un peu plus de peau, de désir, de promesse.
Ses bas de soie ont glissé le long de ses jambes, un murmure de texture contre ma peau, une invitation à la découverte.
Nous nous sommes allongés, nos corps enfin libérés des contraintes du tissu, nos peaux se touchant, se caressant, s’explorant. J’ai commencé par ses lèvres, un baiser profond qui a allumé un feu en moi, un feu qui s’est propagé à chaque parcelle de mon être. Mes mains ont parcouru son corps, s’attardant sur chaque courbe, chaque creux, chaque point sensible.
Mes lèvres ont suivi le chemin tracé par mes mains, descendant lentement, savourant chaque centimètre de sa peau. J’ai atteint son sexe, un sanctuaire de plaisir, et j’ai goûté la douceur de sa liqueur féminine, un nectar qui a enflammé mes sens, un élixir de désir et de plaisir. Mon exploration buccale a été lente, délibérée, chaque coup de langue, chaque suçon, une promesse de plaisir à venir.
Elle a gémi, ses mains agrippant mes cheveux, ses hanches bougeant en rythme avec mes mouvements. J’ai prolongé ce moment, savourant chaque réaction, chaque frisson, chaque souffle. Puis, elle m’a attiré vers elle, ses lèvres rencontrant les miennes, partageant le goût de son plaisir.
Nos corps se sont entremêlés, nos jambes enlacées, nos sexes emboîtés, une union de chair et d’esprit. Nous avons bougé ensemble, nos mouvements synchronisés, une danse ancienne et universelle. Chaque poussée, chaque retrait, était une exploration, une découverte, une promesse tenue.
Nous avons changé de position, nos corps se mouvant avec fluidité, chaque angle, chaque mouvement, une nouvelle découverte. Nos respirations se sont accélérées, nos peaux luisantes de sueur. Le plaisir montait, une vague qui menaçait de nous submerger, mais nous avons résisté, prolongeant ce moment, savourant chaque seconde.
Elle m’a pris dans sa bouche, une fellation langoureuse qui a prolongé notre plaisir, un jeu de langues et de lèvres qui a poussé mes sens à leur paroxysme. J’ai gémi, mes mains agrippant ses cheveux, mes hanches bougeant en rythme avec ses mouvements. Elle a continué, sa langue, ses lèvres, ses mains, une symphonie de sensations qui m’a poussé au bord du précipice.
Nos corps se sont assemblés à nouveau, dans une étreinte différente. Je l’ai soulevée, ses jambes s’enroulant autour de ma taille, me pénétrant plus profondément, nos regards ne se quittant pas. Le plaisir montait, une vague qui menaçait de nous submerger, mais nous avions encore faim l’un de l’autre.
Elle m’a guidé vers un territoire que je n’avais pas encore exploré, ses mains me dirigeant, son corps s’ouvrant à moi d’une autre manière. Je l’ai pénétrée par l’arrière, une exploration lente et profonde de nos limites, une découverte de plaisirs différents. Nos corps se sont rythmés ensemble, nos respirations synchronisées, nos cœurs battant à l’unisson. Le plaisir a monté, une vague qui nous a submergés, nos cris se mêlant, nos corps tremblants, nos esprits enivrés.
Quand tout s’est apaisé, il ne restait que cette fatigue heureuse, dense, complète.
La nuit s’est étirée jusqu’à l’aube, un moment suspendu dans le temps, une symphonie de plaisir et de désir.
Tout avait commencé par des mots.
Tout s’était achevé dans la chair.
Entre les deux, il y avait eu le temps.
Et c’est lui qui avait tout rendu possible.



