C’était un de ces samedis où Montréal se fait caressante, baignée d’une lumière de fin d’été qui rend chaque couleur plus sensuelle. G. est apparue, et dans sa robe blanche, elle était une vision de féminité libre, désirable et enivrante. Nous nous sommes retrouvés comme deux complices déjà avides de se redécouvrir, et très vite, je l’ai raccompagnée jusqu’à chez elle.

À l’instant même où la porte s’est refermée derrière nous, la cuisine est devenue notre premier théâtre de luxure. Il y avait dans l’air une urgence, une tension animale, presque indécente. J’avais rêvé de ce corps depuis notre première rencontre. J’avais imaginé son odeur, la chaleur entre ses cuisses, le goût de sa peau, de son sexe, la moiteur de son souffle. Et maintenant que je l’avais enfin contre moi, il n’était plus question d’attendre.

Je l’ai plaquée contre le comptoir de la cuisine. Nos baisers étaient brutaux, fiévreux. Je lui ai soulevé la robe sans ménagement, la dentelle s’est tendue sous mes doigts tremblants de désir. Elle haletait, et son regard — ce regard — m’appelait à la dévorer. Elle a gémi quand mes lèvres ont effleuré son cou, puis sa poitrine, et que mes mains ont glissé entre ses cuisses, humides déjà, offertes.

Dans le salon, une peinture accrochée au mur semblait observer la scène. Une toile magnifique intitulée « Esperitu libre ». Un cheval en pleine course, la crinière au vent, les sabots défient la terre. Libre, insolent, puissant. G m’avait raconté cette métaphore des chevaux — ceux qui sautent la barrière pour aller rejoindre la jument dans le champ d’à côté. Elle en riait, mais dans son rire, il y avait une vérité sauvage. Et ce jour-là, j’étais ce cheval. Un criollo en feu. Un étalon argentin perdu à Montréal, guidé par son instinct le plus brut.

« Chevaux », c’était le mot. Le sésame. Celui que j’avais prononcé lors de notre première rencontre, sans savoir que ce mot ferait écho à quelque chose d’enfoui en elle. Elle avait vécu, il y a plusieurs années, dans une estancia en Argentine, au milieu des chevaux, des vrais. Et une partie d’elle n’en était jamais revenue. Une partie que moi aussi j’avais laissée là-bas, quelque part dans la chaleur de Buenos Aires, entre deux tangos, au milieu des fiers criollos. Cette partie de moi, G l’avait reconnue. Comme une braise encore chaude sur laquelle elle avait soufflé, doucement, méthodiquement, jusqu’à ce que le feu reprenne.

Lorsque nous avons atteint sa chambre, l’air y était plus chaud, saturé de lumière dorée filtrant à travers les rideaux. Tout en elle semblait vibrant, en attente. Elle m’a poussé doucement jusqu’au bord du lit, puis s’est agenouillée devant moi avec cette lenteur calculée qui électrise l’air. Ses mains ont défait mon pantalon et, sans dire un mot, elle a laissé glisser sa langue sur la longueur de ma verge dressée, comme si elle voulait goûter chaque souvenir que j’avais d’elle.

Ce n’était pas une fellation, c’était une offrande. Un rituel obscène et somptueux. Je la regardais faire, fasciné, dans le miroir du meuble en face du lit. L’image était irréelle : ses boucles blondes s’agitaient avec lenteur, sa bouche glissait en cadence, avalant ma tension, la transformant en quelque chose d’à la fois bestial et sacré. Son regard accrocha le mien dans le reflet, et je dus m’agripper aux draps tant le plaisir était brutal.

Quand je l’ai soulevée pour l’embrasser, nos langues se sont cherchées, retrouvées, perdues. Elles galopaient, s’enlaçaient avec une fougue presque violente, comme deux chevaux en rut dans une plaine argentine. Chaque baiser était une déflagration. Le feu dans nos bouches répondait au feu de nos reins.

Je l’ai allongée sur le lit. Ses jambes s’ouvrirent lentement, comme une fleur offerte. Et là, entre ses cuisses humides, brillantes, j’ai retrouvé un autre goût d’Argentine. Une terre douce et sauvage à la fois. Ma langue a parcouru les courbes de ses lèvres, lentes et charnues. Je l’ai goûtée, bue, dévorée. Son sexe était un poème sucré. Elle tremblait sous ma bouche, gémissait des mots mêlés d’espagnol et de désir. J’ai exploré chaque pli, chaque frisson, jusqu’à sentir son corps se crisper et éclater en un spasme long et brûlant.

Et puis, quand elle fut revenue d’entre les étoiles, je suis monté sur elle. Mon sexe l’a pénétrée lentement, en douceur, puis d’un seul coup, profond, ancré. Elle a crié, pas de douleur, non — de pure exaltation. Nous avons chevauché l’un sur l’autre comme deux étalons qui n’ont plus peur de se briser. Elle levait son bassin pour m’accueillir encore plus loin. Chaque coup de reins était une course. Sauvage. Déchaînée. Je la prenais fort, longuement, et elle me demandait plus encore, toujours plus. Nous étions dans un galop effréné, une chevauchée sans selle, sans freins, sans fin.

Le miroir reflétait nos corps noués, ses seins qui rebondissaient à chaque poussée, sa bouche entrouverte par le plaisir. On se dévorait des yeux, enivrés par notre propre spectacle.

Et après… Après, il y avait la lumière de la fin de journée sur sa peau nue. Et le silence. Celui des cœurs repus, des corps vidés. Celui qui ressemble à la paix. Ou à l’abandon.

Ce samedi, nos corps ne sont pas seulement offerts du plaisir. Ils se sont reconnus. Comme ceux de deux créatures venues du même feu.