Je ne sais plus exactement combien de fois je suis allé à Amsterdam.

C’est généralement bon signe.

Il y a les villes que l’on visite une fois. On achète un billet, une chambre, un guide. On photographie ce qu’il convient de photographier et, le dimanche soir, on rentre chez soi avec la satisfaction raisonnable d’avoir fait ce qu’il fallait.

Et puis il y a les villes où l’on revient.

Amsterdam appartient pour moi à cette seconde catégorie.

J’y suis venu pour travailler, souvent. Des conférences, des événements, des journées entières à parler devant des salles pleines, cette curieuse vie professionnelle qui vous fait parfois connaître les aéroports et les hôtels d’une ville avant d’en connaître les rues.

Puis je suis revenu pour le plaisir.

Et j’ai aussi appris, comme tout voyageur raisonnablement pervers, qu’une conférence terminée un vendredi constitue une excellente raison de ne reprendre l’avion que le dimanche.

Ou le lundi.

Il faut savoir organiser ses priorités.

À force, je n’ai plus vraiment visité Amsterdam.

Je l’ai retrouvée.

Amsterdam, lorsque la liberté se contente d’un canal, de quelques fleurs et du temps qui passe.

Certains rituels se sont installés. Des musées où je retourne. Des comptoirs auxquels j’espère trouver une place. Des rues que je reconnais sans savoir comment elles s’appellent. Des clubs suffisamment éloignés pour que, la première fois, je me sois demandé qui diable viendrait me rechercher au milieu de la nuit.

Et puis des souvenirs.

Un bartender californien.

Une Heineken au bord d’un canal.

Vermeer.

Des moulins.

Des couples rencontrés.

Une cale de péniche.

Quelques darkrooms.

Des retours à l’hôtel à des heures où les gens raisonnables dorment déjà.

C’est cela, mon Amsterdam.

Car Amsterdam souffre d’un étrange malentendu.

Tout le monde croit qu’elle est une ville de sexe.

Elle est beaucoup mieux que cela.

Amsterdam est une ville de liberté.

Et la différence est considérable.

Arriver par l’eau

Mon Amsterdam commence presque toujours à Schiphol.

J’aime Schiphol.

J’y ai même donné plusieurs conférences, dans ces hôtels et espaces professionnels qui gravitent autour de l’aéroport. C’est un immense hub européen, mais un hub étonnamment facile à vivre.

Lorsque je viens réellement en ville, je ne prends généralement pas de taxi.

La gare est sous l’aérogare.

On descend.

Un train.

Puis Amsterdam Centraal.

Amsterdam Centraal : quelques minutes après Schiphol, les canaux ne sont déjà plus très loin.

J’aime arriver ainsi.

Il y a quelque chose de très européen dans le fait de sortir d’un avion, de descendre quelques escaliers et de se retrouver peu après au cœur d’une vieille ville.

Et quelle gare.

On sort du grand bâtiment de briques rouges et Amsterdam vous tombe dessus sans cérémonie.

L’eau d’abord.

Puis les façades.

Les tramways.

Les vélos.

Surtout les vélos.

Des milliers de vélos qui semblent appartenir à une espèce dominante ayant simplement accepté, par bonté, que quelques humains continuent d’habiter la ville.

À Amsterdam, traverser un pont suffit parfois à changer complètement de décor.

Amsterdam s’enroule autour de ses canaux concentriques. Lors des premiers voyages, cette géographie m’a souvent joué des tours. On traverse un pont persuadé de s’éloigner du centre et, vingt minutes plus tard, on retrouve presque la rue que l’on vient de quitter.

J’ai longtemps regardé Google Maps.

Je le regarde beaucoup moins.

Parce qu’il faut se perdre un peu ici.

Marchez.

Pas nécessairement pour aller quelque part.

Marchez parce qu’il fait bon marcher à Amsterdam.

C’est très bien ainsi.

Ne devenez cependant pas un intégriste de la marche.

Uber fonctionne bien et Amsterdam est plus vaste que son centre historique.

Plus tard, lorsque nous parlerons des nuits libertines, cette information prendra soudain beaucoup plus d’importance.

Le sexe en vitrine

Parlons tout de suite du Red Light District.

Parce que vous irez.

Évidemment.

On ne vient pas pour la première fois à Amsterdam en prétendant avec une dignité offensée que les vitrines rouges ne nous intéressent absolument pas.

La curiosité est une qualité.

Allez voir.

Puis ne vous attardez pas trop.

Le Red Light est devenu une immense représentation touristique du sexe. Les rues sont parfois noires de monde. Des groupes avancent ensemble en regardant les vitrines, les sex-shops, les enseignes lumineuses et tout ce que la ville a appris à vendre à ceux qui viennent chercher leur petite dose de transgression.

Surveillez vos poches lorsque la foule se resserre.

Entrez dans quelques sex-shops.

Certains sont amusants.

On y découvre des objets dont la destination anatomique n’est pas toujours immédiatement évidente. Cela donne à l’imagination l’occasion de travailler.

Et l’imagination mérite toujours qu’on lui donne de l’exercice.

Les musées érotiques et autres attractions fabriquées autour de la prostitution ?

Je passe.

Il y a trop de belles choses à Amsterdam pour consacrer deux heures à regarder une version plastifiée du désir.

Puis il y a les femmes derrière les vitrines.

Cela m’a toujours mis un peu mal à l’aise.

Pas par pudibonderie.

Ceux qui me connaissent savent que ce serait une explication assez improbable.

Mais parce que mon désir fonctionne autrement.

J’aime la chasse.

J’aime les signes minuscules.

Un regard qui dure légèrement trop longtemps.

Une conversation dont le sujet officiel n’a plus aucune importance.

Une main qui s’attarde.

Cette seconde délicieuse pendant laquelle deux personnes comprennent qu’elles sont en train de négocier silencieusement la suite.

J’aime désirer.

Et surtout sentir que l’on me désire.

La vitre supprime tout cela.

Elle montre le sexe mais retire une partie du trouble.

Et c’est probablement la première grande leçon libertine d’Amsterdam :

ce qui montre le plus n’est pas nécessairement ce qui excite le mieux.

Vermeer, quelques heures plus tard, me le rappellera beaucoup mieux.

Quelques douceurs néerlandaises

Puisque nous sommes dans le quartier…

The Bulldog est une institution.

Je ne suis pas particulièrement amateur de cannabis fumé. J’ai donc regardé d’autres rouler leurs joints avec l’application de vieux artisans tandis que je choisissais une voie qui me semblait beaucoup plus innocente.

Le gâteau.

C’était une erreur de raisonnement.

Le gâteau était délicieux.

Puis, pendant quelque temps, Amsterdam est devenue considérablement plus intéressante.

Les façades semblaient avoir acquis une profondeur philosophique nouvelle. L’eau des canaux méritait manifestement une contemplation prolongée. Et je crois avoir consacré beaucoup trop de temps à regarder quelque chose qui, le lendemain, s’est révélé être un pont parfaitement ordinaire.

Je garde un bon souvenir de cette promenade.

Un souvenir légèrement flou, certes.

Mais bon.

La ville s’y prêtait.

Avec les psychédéliques vendus dans certains commerces, soyez en revanche beaucoup plus prudents. Renseignez-vous. Ne faites pas une première expérience seul.

La liberté n’oblige jamais à devenir idiot.

Le lendemain, Van Gogh

Il pleut souvent dans mes souvenirs d’Amsterdam.

Pas nécessairement beaucoup.

Une pluie fine.

Une pluie qui donne aux pavés une couleur plus sombre et aux cafés une raison supplémentaire d’exister.

C’est un temps parfait pour les musées.

Je suis retourné plusieurs fois au Van Gogh Museum.

Je pourrais encore y retourner.

Museumplein est légèrement à l’écart du vieux centre et j’aime cette transition. On quitte les rues serrées, les canaux, les boutiques, et l’espace s’ouvre.

Puis Van Gogh.

Prenez deux heures.

Pas parce qu’un guide vous dit qu’il faut deux heures.

Parce qu’il faut parfois du temps pour qu’une peinture cesse d’être une image connue.

Approchez-vous.

Regardez la matière.

Puis reculez.

Il y a chez Van Gogh quelque chose de physique. Une peinture qui ne reste pas sagement à sa place.

Après, je prends volontiers un café.

Je ne sais pas très bien pourquoi nous avons pris l’habitude de courir d’un chef-d’œuvre à l’autre.

Je préfère laisser le précédent rester un peu avec moi.

Puis vient le Rijksmuseum.

Le Rijksmuseum : Rembrandt, Vermeer et quelques excellentes raisons de laisser la pluie tomber dehors.

Rembrandt.

La Ronde de nuit.

Elle est immense et elle le sait.

Mais je vais aussi au Rijksmuseum pour Vermeer.

Peut-être même davantage.

J’aime profondément Vermeer.

Cette lumière qui entre par une fenêtre.

Ces intérieurs silencieux.

Une nuque.

Une étoffe.

Une main occupée à quelque chose d’ordinaire.

Presque rien.

Et pourtant une sensualité folle.

Vermeer cache infiniment mieux qu’une vitrine rouge ne montre.

Je pourrais regarder longtemps certaines de ses femmes sans qu’elles se déshabillent jamais.

Le désir n’a pas toujours besoin de peau.

Il lui suffit parfois d’une fenêtre entrouverte.

Il existe aussi une Amsterdam où l’on ne plaisante plus

Je suis allé deux fois à la maison d’Anne Frank.

Les deux fois, j’en suis ressorti silencieux.

L’ambiance est lourde.

Il n’y a pas d’autre mot.

On connaît l’histoire.

Puis on entre dans les lieux.

Et tout change.

Une dimension.

Un escalier.

Une pièce.

Un mur.

Soudain, ce que l’on savait devient quelque chose que le corps comprend.

Je ne mettrais jamais cette visite dans une liste de « choses à faire absolument à Amsterdam ».

Allez-y pour une autre raison.

Pour vous souvenir.

Dans l’est de la ville, d’autres lieux consacrés à la Shoah, à l’occupation et à la Résistance prolongent cette histoire.

Ils appartiennent eux aussi à Amsterdam.

Et le contraste est important.

Une ville qui célèbre aujourd’hui avec autant de vigueur la liberté porte encore les traces d’une époque où celle-ci lui fut arrachée.

On ressort.

On marche.

Le bruit revient progressivement.

Une sonnette de vélo.

Un tramway.

Une conversation à une terrasse.

La vie reprend sa place.

Maintenant, perdez votre après-midi

Le Bloemenmarkt : beaucoup de tulipes, énormément de touristes… et des bulbes que je préfère regarder plutôt que rapporter.

C’est ici que mon guide devient volontairement mauvais.

Je ne vais pas vous donner d’itinéraire.

Allez voir Dam.

Le Palais royal.

Passez par Rembrandtplein.

Traversez le Bloemenmarkt.

Oui, le marché aux fleurs est touristique.

Évidemment.

Ne me rapportez pas douze kilos de bulbes en m’accusant ensuite si vos tulipes refusent obstinément de pousser.

Je vous aurai prévenus.

Mais passez quand même.

Puis rangez votre programme.

Flânez.

Amsterdam se prête merveilleusement à cette forme d’oisiveté qui consiste à marcher avec beaucoup de sérieux vers absolument rien.

Le long des canaux, on finit toujours par trouver quelque chose.

Un pont, des vélos, quelques fleurs et De Sluyswacht au bord de l’eau. Amsterdam presque caricaturale. Mais tellement belle.

Un petit bistrot.

Une terrasse.

Un vieux bâtiment.

Une lumière.

De Sluyswacht est de ceux-là.

Une étrange petite maison sombre posée près de l’eau.

Le genre de décor devant lequel on comprend pourquoi tant de photographies d’Amsterdam semblent presque trop parfaites.

Un pont.

Quelques vélos attachés.

Des fleurs.

L’eau derrière.

Je me souviens d’une bière prise tranquillement dans ce secteur.

Une Heineken.

Pardon.

Je sais que certains lecteurs viennent de perdre toute estime pour moi.

Je ne suis pas un grand amateur de bière.

Elle était légère.

Fraîche.

J’avais beaucoup marché.

Et le soleil s’était enfin décidé à apparaître.

Je l’ai bue lentement devant le canal.

Elle était parfaite.

Hemingway aurait probablement choisi quelque chose de plus viril.

Il avait ses problèmes.

J’ai les miens.

Mangez aussi sans savoir où vous êtes

Je garde le souvenir d’un avocado toast mangé au bord d’un canal.

La terrasse était belle.

La personne avec qui j’étais aussi.

Je serais incapable de retrouver le restaurant.

C’est très bien.

Tous les souvenirs n’ont pas besoin d’une fiche Google.

Le Café de Jaren permet de retrouver cette sensation : s’installer près de l’eau et laisser passer un peu de temps.

J’ai également beaucoup aimé Brasserie Ambassade.

Une vraie bonne adresse lorsque l’on veut dîner.

Bougainville est d’un autre registre.

Élégant.

Luxueux.

Cher.

Très cher même si votre conception du dîner consiste habituellement à comparer les prix avant de choisir l’entrée.

Mais certaines soirées commencent mieux avec une belle table.

Une belle chemise.

Un parfum.

Des chaussures choisies pour autre chose que marcher dix kilomètres.

J’aime ces préparatifs.

S’habiller pour une soirée possède déjà quelque chose d’érotique.

On ne sait pas encore qui nous regardera.

Mais on s’habille déjà un peu pour cette personne.

Louis Bar

Et puis il y a les endroits sans prétention.

Louis Bar.

Louis Bar. Pas de concept, pas de mise en scène : simplement un vieux bar qui continue de vivre au milieu d’une ville touristique.

Je l’aime énormément.

C’est un vieux bar près de Centraal et du Red Light.

Il est chargé comme le sont les endroits qui ont accumulé des années plutôt qu’une décoration.

Des objets.

Des souvenirs.

Des habitués.

Des hommes et des femmes plus âgés qui viennent prendre une bière sans avoir besoin de consulter trois cents avis pour savoir si elle sera bonne.

J’aime m’asseoir dans ce genre d’endroit.

On commande.

Puis on écoute.

Il y a toujours une différence entre une ville qui travaille pour les touristes et une ville qui continue de vivre malgré eux.

Ici, Amsterdam continue de vivre.

On n’est plus obligé de photographier quoi que ce soit.

On boit.

On regarde.

On parle éventuellement à son voisin.

Et le soir arrive sans qu’on l’ait convoqué.

Amsterdam devient très belle lorsqu’elle commence à s’habiller pour la nuit

C’est mon moment préféré.

Les fenêtres s’éclairent.

Les canaux deviennent noirs.

Les façades se reflètent dans l’eau.

On rentre éventuellement à l’hôtel prendre une douche.

On change de chemise.

Un peu de parfum.

Et on ressort.

Je suis un amoureux des bars à cocktails.

La nuit commence souvent ainsi : un comptoir, quelques bouteilles et quelqu’un qui sait exactement ce qu’il fait de ses mains.

Amsterdam me gâte.

Rosalia’s Menagerie est probablement mon préféré.

C’est minuscule.

N’y allez pas en groupe.

Ou acceptez de laisser une partie de vos amis dehors, ce qui est parfois une excellente manière de sélectionner les meilleurs.

J’aime m’installer au comptoir.

Lors d’un de mes voyages, le bartender était Californien.

Nous avons commencé à parler.

Je ne me souviens même plus de quoi.

Peu importe.

Un bon comptoir fonctionne ainsi.

On commande un cocktail.

Il prépare.

On regarde.

Quelques mots.

Un second verre.

La conversation devient plus personnelle.

La salle se remplit.

Les gens derrière vous deviennent un bruit agréable.

Et l’on réalise soudain qu’une heure a disparu.

Flying Dutchmen Cocktails. De beaux verres, un très bel intérieur et une excellente raison de faire un petit effort avant de sortir.

C’est cela que j’aime dans les speakeasies.

Ils font disparaître le temps.

Tales & Spirits possède une autre énergie.

Plus théâtrale.

Plus nocturne.

Il faut parfois attendre avant d’entrer.

J’aime presque cela.

L’attente fait partie de la soirée.

On regarde les gens.

Les couples.

Les femmes qui ont fait un effort.

Les hommes qui, parfois, auraient pu en faire davantage.

On imagine les histoires.

On invente des suites.

Puis la porte s’ouvre.

Flying Dutchmen Cocktails complète mon trio.

Très beau.

De beaux plafonds.

Une ambiance qui appelle naturellement un minimum d’élégance.

Je le répète souvent :

Dress to impress.

Le désir commence parfois dans le miroir de la chambre d’hôtel.

Avant même de savoir à qui il est destiné.

Le jazz, et cette heure où tout peut encore arriver

J’aime le Jazz Café Alto.

Petit.

Serré.

Bohème.

On s’installe près de la musique.

Le verre est devant soi.

Il y a cette proximité particulière aux petits clubs de jazz : la musique n’est pas quelque chose que l’on regarde, elle remplit la pièce.

Le quartier autour de Leidseplein reste vivant.

Restaurants.

Terrasses.

Le casino.

Des bars.

Par beau temps, j’aime aussi les endroits beaucoup plus simples au bord de l’eau, comme le Spritz Bar.

Un verre.

Une chaise.

Le canal.

Il existe une heure très particulière dans les voyages.

On a déjà vécu sa journée.

Mais la nuit n’a pas encore décidé ce qu’elle allait devenir.

J’adore cette heure.

On pourrait rentrer.

On ne rentre pas.

On commande autre chose.

On consulte son téléphone.

Un message est arrivé.

Ou pas.

Quelqu’un vous regarde.

Ou peut-être l’avez-vous imaginé.

Et soudain les possibilités deviennent plus intéressantes que le programme.

Amsterdam libertine ne se trouve pas là où les touristes la cherchent

Voilà le paradoxe.

Plus je suis revenu à Amsterdam, moins j’ai associé son libertinage au Red Light.

Pour préparer une soirée, je regarde plutôt SDC.

Il y a beaucoup de profils néerlandais.

Avant un voyage, indiquez vos dates.

Regardez.

Discutez.

J’ai rencontré ainsi deux couples au fil de mes séjours.

Les rendez-vous se sont organisés à l’hôtel.

Terrain neutre.

Simple.

Je voyageais en homme seul et cela a probablement joué.

Je ne vais donc pas transformer mon expérience en règle culturelle.

Mais cela fonctionnait bien.

Il y a quelque chose que j’aime particulièrement dans les rencontres en voyage.

On possède peu de temps.

Les faux-semblants deviennent coûteux.

On sait que dimanche ou lundi, l’un des deux reprendra un train ou un avion.

Alors on parle plus vite.

On flirte plus franchement.

Les intentions ont moins besoin de se déguiser.

Parfois, un verre reste un verre.

Parfois, au contraire, on comprend très vite qu’il serait ridicule de commander le suivant.

JoyClub est l’autre outil que je consulte.

Je l’utilise en Autriche, en Belgique et dans cette partie de l’Europe où il constitue une excellente porte d’entrée vers les événements.

Regardez l’agenda avant de partir.

Surtout si vous êtes un homme seul.

Le libertinage adore parler de liberté mais possède aussi ses listes, ses quotas et ses conditions d’entrée.

Une femme seule peut souvent improviser.

Un homme seul ferait mieux de préparer son coup.

L’expression est volontairement choisie.

Il y a aussi les mauvaises portes

Sameplace.

Non.

J’y suis allé.

Je n’ai pas aimé.

L’ambiance ne correspondait pas à ce que je cherchais.

La clientèle non plus.

Je suis resté avec cette impression de lieu qui promettait beaucoup plus qu’il ne donnait.

Peut-être ai-je choisi la mauvaise soirée.

Peut-être pas.

Je n’ai aucune envie de sacrifier une autre nuit amstellodamoise pour résoudre la question.

Il y a trop d’autres portes à pousser.

Club Paradise : le rouge lui va bien

Club Paradise est plus ancien.

Et cela se voit.

Mais contrairement à certains endroits vieillissants qui donnent seulement envie de repartir, celui-ci possède quelque chose d’agréable.

Du rouge.

Beaucoup.

Une atmosphère presque Moulin Rouge.

Un côté old school.

La clientèle m’a semblé plus âgée, plus traditionnelle.

Pas nécessairement énormément de monde lors de mes passages.

Mais assez.

Toujours assez.

Une soirée libertine ne se mesure pas au nombre de corps dans une pièce.

Quelques personnes qui ont réellement envie d’être là valent mieux qu’une foule venue se regarder.

J’y ai rencontré.

J’y ai joué.

J’en suis ressorti content.

Je n’en demande pas davantage à un club.

Puis il faut prendre une voiture

Fata Morgana est à l’extérieur.

La première fois, j’ai regardé la distance.

Puis l’heure.

Puis je me suis demandé comment j’allais revenir.

J’y suis allé quand même.

Heureusement.

Fata Morgana appartient à la grande tradition des clubs libertins européens.

Un vrai lieu.

Beau.

Propre.

Des espaces différents.

De quoi manger lors des soirées que j’ai connues.

Des espaces extérieurs lorsque la météo autorise les corps à négocier avec l’air néerlandais.

Et puis l’étage.

La darkroom.

J’ai toujours aimé les darkrooms.

Il y a quelque chose de délicieusement paradoxal à passer tant de temps à choisir ses vêtements, se parfumer, se regarder dans une glace…

pour finir dans un endroit où personne ne voit plus très bien personne.

La lumière disparaît.

Les conversations changent.

Les distances également.

On entend davantage.

On devine.

Une silhouette passe.

Une présence s’approche.

La peau devient presque une information avant de devenir une image.

J’ai de très bons souvenirs de cet étage.

Je vais laisser les murs les conserver.

Ils ont probablement beaucoup plus de choses à raconter que moi.

Fata Morgana reste dans mon souvenir plus traditionnel que d’autres lieux.

Très « grand club libertin européen ».

Mais vérifiez les conditions de chaque soirée avant de partir, particulièrement pour les hommes seuls.

Les règles évoluent.

Mes souvenirs, eux, ont le privilège de ne plus avoir besoin de respecter le règlement actuel.

Le Showboat : quand la nuit descend dans la cale

Et puis il y a le Showboat.

Une péniche libertine sur la Zaan.

Rien que cette phrase justifie presque la visite.

Le lieu est plus ancien.

Plus brut.

Une péniche impose ses contraintes et personne ne peut pousser les murs.

Mais je lui pardonne volontiers.

Parce qu’elle possède une âme.

Et surtout une cale.

On descend.

Le décor change.

Des cages.

Des recoins.

Une obscurité différente.

J’y ai connu des soirées plus ouvertes au BDSM, à la bisexualité, notamment masculine, et à des formes de désir que certains clubs libertins traditionnels regardent encore parfois avec une étrange prudence.

Ici, j’ai trouvé davantage de liberté.

La vraie.

Celle qui ne consiste pas seulement à autoriser les gens à enlever leurs vêtements mais à leur permettre aussi d’abandonner quelques catégories avec.

On danse.

On boit.

Les DJ que j’y ai entendus étaient bons.

Puis on redescend.

La péniche bouge peut-être légèrement.

Ou peut-être est-ce le cocktail.

Ou autre chose.

Peu importe.

Fata Morgana est plus beau.

Plus spectaculaire.

Showboat est plus trouble.

Plus bizarre.

Plus pervers.

Je préfère ne pas avoir à choisir.

Le lendemain, les moulins

C’est là que les Pays-Bas deviennent merveilleux.

Quelques heures auparavant, je viens de vous faire descendre dans la cale d’une péniche libertine.

Et maintenant :

Zaanse Schans.

Des moulins.

Des petites maisons.

De l’eau.

Un paysage presque outrageusement hollandais.

Allez-y.

C’est touristique.

Bien sûr.

Mais c’est beau.

Et après une nuit un peu trop courte, l’air de la Zaan possède certaines vertus.

On marche.

On regarde les moulins tourner.

On photographie.

On prend un café.

On retrouve progressivement cette apparence respectable qui permet de visiter le patrimoine mondial sans que personne ne soupçonne nécessairement ce que l’on faisait quelques heures auparavant.

J’aime beaucoup cette idée.

Le libertinage n’est pas obligé de dévorer le voyage.

Il peut simplement l’accompagner.

Un musée.

Une terrasse.

Un moulin.

Un cocktail.

Une darkroom.

Pourquoi faudrait-il choisir ?

Et Utrecht, si vous avez encore un peu de temps

Utrecht est très belle.

Plus calme qu’Amsterdam.

Plus douce.

Moins saturée.

J’aime y passer quelques heures lorsque le temps le permet.

Et là encore, ceux qui utilisent JoyClub découvriront que la vie libertine néerlandaise ne s’arrête évidemment pas aux frontières administratives d’Amsterdam.

J’ai entendu parler de groupes et de soirées autour d’Utrecht.

Je ne les ai pas testés.

Je ne vais donc pas vous les vendre.

Je préfère toujours cette frontière dans mes carnets :

je recommande ce que j’ai vécu.

Le reste est une invitation à continuer soi-même.

Trois heures du matin

Il y a enfin cette question très pragmatique.

Comment rentrer ?

Je me la suis posée.

À trois heures du matin, après quelques heures dans un club éloigné, la carte du téléphone paraît soudain beaucoup plus grande qu’à vingt-deux heures.

J’ai commandé un Uber.

Une voiture est venue.

Cela s’est reproduit plusieurs fois.

Je n’ai jamais eu de véritable problème pour rentrer.

Je ne vous garantis évidemment rien. Les chauffeurs ne sont pas des créatures mythologiques que l’on invoque avec une application.

Mais ne laissez pas la peur du retour vous condamner au centre-ville.

Parce que mes nuits libertines les plus intéressantes à Amsterdam ont justement commencé lorsque j’ai accepté de m’en éloigner.

Et j’aime le retour.

Peut-être même autant que le départ.

On s’assoit à l’arrière.

La fatigue arrive d’un coup.

La chemise n’est plus exactement aussi impeccable qu’en début de soirée.

Le parfum s’est mélangé à d’autres odeurs.

On regarde les lumières passer derrière la vitre.

Puis les premiers canaux réapparaissent.

Amsterdam dort presque.

On descend.

Il fait frais.

On marche les derniers mètres jusqu’à l’hôtel.

Quelques vélos, un pont, des reflets dans l’eau noire. Amsterdam, lorsque la ville redevient silencieuse.

Quelques vélos attendent contre un pont.

L’eau est noire.

Une fenêtre est encore éclairée au troisième étage d’une maison étroite.

On ne sait rien des gens qui sont derrière.

C’est très bien ainsi.

Paris est une fête. Amsterdam est une liberté.

Paris aime être regardée.

Elle sait qu’elle est belle.

Elle se met en scène.

Elle vous donne rendez-vous.

Amsterdam possède quelque chose de plus indifférent.

Elle continue à vivre pendant que vous essayez de la comprendre.

Un vélo passe.

Une péniche glisse.

Une femme rit.

Un homme ferme son bar.

La pluie commence.

Puis s’arrête.

Un couple s’embrasse sur un pont.

Personne ne semble trouver cela remarquable.

J’y suis venu pour travailler.

Pour donner des conférences.

Pour prendre des vacances.

Pour voir des amis.

Pour rencontrer des inconnus.

Parfois seul.

Parfois accompagné.

Avec des rendez-vous.

Sans aucun plan.

J’y ai regardé Van Gogh.

Je me suis perdu dans la lumière de Vermeer.

J’ai marché sous la pluie.

J’ai bu une Heineken au soleil.

J’ai mangé au bord d’un canal sans jamais retenir le nom du restaurant.

J’ai passé une soirée à parler avec un bartender californien.

J’ai pris des trains.

Des Uber.

J’ai rencontré des couples.

J’ai flirté.

J’ai dansé.

J’ai poussé quelques portes.

Je suis descendu dans quelques caves et dans une cale.

J’ai aimé certaines obscurités.

Et plusieurs fois, très tard, je suis revenu vers le centre en regardant Amsterdam défiler derrière la vitre d’une voiture.

C’est peut-être là que je l’aime le plus.

Lorsque les touristes ont presque disparu.

Lorsque le Red Light cesse de crier qu’il est scandaleux.

Lorsque les canaux redeviennent noirs.

Lorsque les vélos attendent contre les rambardes.

Lorsque la ville n’a plus rien à vendre.

Il reste simplement l’eau.

Les ponts.

Quelques lumières.

Et soi-même, légèrement différent de celui qui était sorti quelques heures auparavant.

C’est pour cela que je reviens.

Pas pour « faire Amsterdam ».

Je l’ai déjà faite.

Et elle m’a déjà défait quelques fois.

Je reviens parce qu’il me reste toujours un tableau à revoir, un comptoir auquel m’asseoir, une rue dans laquelle me perdre, une personne que je ne connais pas encore.

Peut-être une porte que je n’ai pas poussée.

Amsterdam ne promet rien.

Elle ne demande pas ce que vous êtes venu chercher.

Elle ne vous juge pas beaucoup non plus lorsque vous le trouvez.

Elle vous laisse simplement marcher.

Regarder.

Boire.

Désirer.

Choisir.

Vous perdre un peu.

Et rentrer lorsque vous en avez envie.

Ou beaucoup plus tard.

Paris est une fête.

Amsterdam, elle, m’a toujours semblé être autre chose.

Une liberté.