Il m’a fallu un peu de temps.
Plus que je ne l’avais imaginé, probablement.
Le site est resté en maintenance pendant que je réfléchissais à ce que je voulais réellement en faire. Pas simplement à son apparence, à son menu ou à la couleur de ses boutons. La vraie question était ailleurs : à quoi ABDD doit-il servir aujourd’hui ?
Les derniers événements, les discussions, les tensions parfois, les questions autour du consentement, de la confidentialité, de la responsabilité et de notre manière de vivre ensemble le libertinage m’ont progressivement convaincu d’une chose : il fallait essayer quelque chose.
Je dis bien essayer.
Je n’ai aucune prétention à savoir ce que devrait être « le libertinage ». Encore moins à expliquer aux autres comment ils devraient le vivre. Chacun arrive dans cet univers avec son histoire, ses désirs, ses limites, ses expériences, ses contradictions aussi.
Je n’ai donc pas de modèle parfait à proposer.
J’ai simplement envie de tenter autre chose.
Le site est de nouveau ouvert
Première nouveauté, et la plus visible : ABDD.vip n’est plus en maintenance.
La page d’accueil est maintenant directement accessible et le site a été largement repensé.
J’ai essayé de le rendre plus clair, plus élégant, plus agréable à parcourir et surtout plus facile à lire. Certaines pages ont été réorganisées, d’autres réécrites, et le travail va continuer progressivement.
Tout n’est pas encore parfait, notamment sur téléphone. Il reste quelques adaptations à faire sur la version mobile et je m’en excuse auprès de ceux qui rencontreront encore quelques bizarreries d’affichage.
Mais plutôt que d’attendre indéfiniment que chaque détail soit parfait, j’ai préféré rouvrir les portes.
Après tout, un salon n’a jamais eu besoin que chaque tableau soit parfaitement droit pour commencer à recevoir ses invités.
Mais le véritable chantier est ailleurs
En parallèle du site, je travaille depuis quelque temps sur quelque chose de beaucoup plus ambitieux : une communauté privée et indépendante.
Elle sera bientôt ouverte à un tout premier cercle, volontairement très réduit.
Quelques personnes seulement.
Puis, si l’expérience fonctionne, un deuxième cercle pourra progressivement rejoindre le premier. Puis éventuellement un troisième.
Pas de course aux inscriptions.
Pas de compteur de membres destiné à prouver que nous sommes nombreux.
Et surtout pas l’ambition de devenir le nouveau réseau libertin où tout le monde doit absolument être.
Je préfère cent personnes qui comprennent pourquoi elles sont là à dix mille profils dont personne ne connaît réellement l’histoire.
Sortir progressivement de Facebook
Facebook nous a rendu énormément de services.
Il serait absurde de le nier.
Il nous a permis de nous rencontrer, de créer des groupes, d’organiser des événements, de retrouver des amis et de faire vivre des communautés qui, autrement, auraient probablement eu beaucoup plus de difficultés à exister.
Mais Facebook reste la propriété d’une entreprise commerciale.
Et nos intérêts ne sont pas nécessairement les siens.
Lorsqu’il s’agit de libertinage, la question devient particulièrement sensible.
Nous parlons parfois de nos relations, de nos fréquentations, de nos déplacements, de nos soirées, de nos désirs ou simplement de personnes avec lesquelles nous entretenons des liens que nous ne souhaitons pas nécessairement exposer ailleurs.
Ce ne sont pas des données anodines.
Et pourtant nous les confions à une plateforme dont le modèle économique repose notamment sur l’exploitation de données, la publicité et des mécanismes algorithmiques sur lesquels nous n’avons pratiquement aucun contrôle.
À cela s’ajoutent les problèmes de modération et de censure.
Une photographie parfaitement acceptable dans notre univers peut devenir problématique pour un algorithme. Un groupe peut disparaître. Un compte peut être suspendu. Une publication peut être supprimée.
Et surtout, nous dépendons constamment de règles que nous n’avons pas choisies.
Je voudrais essayer une autre approche.
Deux identités qui ne doivent plus se mélanger
Il y a également quelque chose qui me semble fondamental : séparer réellement notre identité libertine de notre identité publique.
Beaucoup d’entre nous possèdent déjà deux comptes Facebook.
Mais deux comptes hébergés par la même entreprise, utilisant la même application, les mêmes mécanismes de recommandation, les mêmes appareils et le même écosystème ne constituent pas nécessairement deux univers réellement séparés.
La communauté ABDD sera techniquement indépendante de Facebook.
Votre identité publique restera là où vous souhaitez la conserver.
Votre identité libertine sera ailleurs.
La frontière deviendra beaucoup plus claire.
Et si un jour quelqu’un décide volontairement de faire communiquer les deux, ce sera précisément cela : une décision volontaire.
Pas une suggestion algorithmique malencontreuse.
Pas une recommandation d’amitié embarrassante.
Pas une confusion entre deux comptes.
Pas une publicité étrangement bien ciblée après une conversation que l’on pensait appartenir à un autre contexte.
Entrer parce que quelqu’un vous ouvre la porte
Cette communauté ne fonctionnera pas avec une inscription publique traditionnelle.
Elle reposera sur la cooptation.
Pour entrer, il faudra être invité par quelqu’un qui appartient déjà à la communauté.
Et cette personne deviendra votre mentor.
Le mot est important.
Il ne s’agit évidemment pas pour un mentor de devenir responsable des actes d’un autre adulte. Chacun reste entièrement responsable de ses comportements.
La responsabilité est ailleurs.
Inviter quelqu’un signifie prendre quelques minutes pour lui expliquer où il arrive, comment fonctionne la communauté, quelles en sont les habitudes et quelles valeurs permettent à des personnes extrêmement différentes de cohabiter.
Parce que je ne crois pas beaucoup aux grandes chartes moralisatrices que personne ne lit.
Je crois davantage à la transmission.
Dans une communauté, les valeurs ne devraient pas uniquement descendre d’une administration qui explique aux autres comment se comporter.
Elles devraient circuler entre les personnes.
On accueille. On explique. On transmet.
Et progressivement, les nouveaux deviennent à leur tour capables d’accueillir les suivants.
Une communauté n’est pas un commerce
Il y a derrière tout cela une autre conviction qui s’est renforcée avec le temps.
Le monde libertin dépend énormément d’intérêts commerciaux.
C’est parfaitement normal lorsqu’il s’agit d’un club, d’un hôtel, d’un organisateur de soirées ou d’un établissement qui doit payer ses employés et ses installations.
Mais une communauté ne devrait pas être confondue avec le commerce qui peut se développer autour d’elle.
La future communauté sera donc volontairement distincte d’ABDD.vip.
ABDD restera notamment mon espace éditorial, celui de mes articles, de mes Vagabondages Libertins et de mes réflexions.
La communauté, elle, devra progressivement apprendre à vivre par elle-même.
Elle n’aura pas vocation à vendre ses membres, leurs profils, leur attention ou leurs données.
Pas de publicité ciblée.
Pas de profilage commercial.
Pas d’algorithme chargé de déterminer qui mérite votre attention.
Le modèle économique sera beaucoup plus simple : des événements privés pourront être organisés et proposés au sein de la communauté.
Vous aurez envie d’y participer ? Vous vous inscrirez.
Vous n’en aurez pas envie ? Vous ne paierez rien.
Ce sont ces événements qui permettront progressivement de financer l’infrastructure nécessaire à la communauté.
Autrement dit, ce ne sont pas les membres qui constituent le produit.
Et nos conversations ?
C’était évidemment l’autre pièce du puzzle.
Créer une alternative à Facebook pour ensuite continuer toutes nos conversations sensibles sur Messenger aurait été quelque peu contradictoire.
Une solution de messagerie privée est donc également prévue.
Imaginez quelque chose qui se rapproche davantage de l’esprit d’une messagerie sécurisée comme Telegram ou Signal que de Messenger, mais relié directement à notre environnement communautaire et sous notre propre contrôle.
L’objectif est simple : pouvoir discuter individuellement ou en groupe avec un niveau de confidentialité et de séparation beaucoup plus important que celui que nous pouvons raisonnablement attendre d’un réseau social public financé par la publicité.
Le Salon et les conversations privées appartiendront ainsi au même univers, sans pour autant devoir confier cet univers à Facebook.
Et maintenant ?
Maintenant, on expérimente.
C’est probablement la partie la plus importante de cette annonce.
Je ne sais pas encore exactement ce que cette communauté deviendra.
Et je m’en méfierais probablement si je le savais déjà.
Les communautés intéressantes ne se décrètent pas. Elles se construisent avec les personnes qui les composent.
Le premier cercle aura donc une responsabilité particulière : utiliser, tester, critiquer, proposer, identifier ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.
Puis nous ajusterons.
Et seulement ensuite nous ouvrirons éventuellement un cercle supplémentaire.
Sans précipitation.
Sans objectif de croissance.
Sans chercher à rassembler tout le monde.
Car peut-être que la discrétion commence précisément là : accepter que tout le monde n’ait pas besoin d’être partout.
ABDD change donc progressivement.
Le site rouvre aujourd’hui ses portes.
La communauté ouvrira bientôt les siennes à quelques personnes.
Et pour la suite, nous verrons.
Je ne vous promets pas de réinventer le libertinage.
Je vous propose simplement d’essayer de construire un endroit où nous pourrions en parler, nous rencontrer et créer des liens selon nos propres règles, avec davantage de discrétion, de responsabilité et de liberté.
C’est déjà un joli début.

