Il existe des soirées dont on se souvient pour ce qu’on y a fait.

Et puis il en existe quelques-unes, beaucoup plus rares, dont on se souvient pour ce qu’elles ont réussi à faire disparaître.

Celle-ci avait supprimé les mots.

Et Dieu sait que, parfois, les mots nous encombrent.

C’était il y a déjà quelques années. À cette époque, mes déplacements professionnels m’amenaient régulièrement dans le sud de l’Autriche. J’avais donc pris l’habitude, avant chacun de mes voyages, d’aller jeter un œil sur Joyclub (https://www.joyclub.com/). C’est l’équivalent de notre Jalf mais pour l’Europe de l’Ouest et Centrale.

Pas nécessairement pour trouver quelqu’un.

Plutôt pour trouver quelque chose.

Une soirée. Une curiosité. Une porte derrière laquelle je n’étais encore jamais entré.

Et un jour, plusieurs semaines avant mon départ, je tombai sur une annonce dont le titre avait suffi à éveiller ma curiosité :

Silent Party.

Le principe tenait en quelques lignes.

On entre.

On se déshabille.

On ne parle pas.

On se regarde.

Et on laisse le désir faire le reste.

J’étais conquis.

D’autant que je ne parle pratiquement pas ni allemand, ni autrichien.

Pour une fois, mon incapacité linguistique devenait presque une qualité : dans une soirée où parler était interdit, mon accent français ne risquait guère de me trahir.

Il fallait néanmoins réserver longtemps à l’avance. La place coûtait, dans mon souvenir, quelque chose comme 120 euros. Une somme suffisamment importante pour comprendre qu’il ne s’agissait pas simplement de pousser la porte d’un club libertin un samedi soir.

L’organisateur à légèrement mis à jour son concept mais vous devriez pouvoir trouver les références: https://www.joyclub.de/party/4298629.the_silent_orgy_by_soho.html

Je réservai.

Et quelques semaines plus tard, me voilà sur l’autoroute en direction de Vienne.

Un Vieux Carré avant le silence

La soirée commençait à vingt heures et impose d’être précis. Sinon, pas d’entrée!

J’étais arrivé tôt et le lieu se trouvait en plein centre de Vienne, pratiquement à côté de l’InterContinental.

J’avais donc fait ce que tout libertin raisonnable devrait faire lorsqu’il dispose d’une demi-heure avant d’aller se déshabiller avec des inconnus :

je suis allé boire un cocktail.

À l’époque, j’étais dans ma période Vieux Carré.

Je me suis installé au bar de l’hôtel, tranquillement, avec mon verre, observant les allées et venues.

Et déjà quelques regards.

Je découvris ce soir-là que l’InterContinental de Vienne avait manifestement quelques usages que la brochure officielle de l’hôtel omettait pudiquement de mentionner.

Les gens venaient certainement y dormir.

Mais visiblement pas seulement.

Vers 19 h 30, je terminai mon verre et partis à pied.

Quelques minutes plus tard, je me retrouvais devant un vieux bâtiment viennois magnifique. Une grande façade, une immense porte, quelque chose tenant davantage du palais particulier que du club libertin.

Je sonnai.

La porte s’ouvrit.

Je traversai le porche.

Quelques personnes attendaient déjà.

Personne ne parlait beaucoup.

Je montrai mon billet et entrai.

À gauche se trouvait une première pièce aménagée en vestiaire. Quelques banquettes. Rien de particulièrement remarquable.

À ceci près que la tenue exigée pour poursuivre la visite était assez simple.

Aucune.

Je retirai donc mes vêtements.

Tous mes vêtements.

Et nu, je franchis la seconde porte.

Le salon

La pièce était immense.

À gauche, un bar.

À droite, deux grandes banquettes se faisant face devant une cheminée monumentale.

Et partout ailleurs…

des matelas.

Des dizaines de matelas recouvrant presque entièrement le sol.

Pas de décoration libertine tapageuse. Pas de néons violets. Pas d’accessoires destinés à expliquer lourdement ce qui devait se passer ici.

Une cheminée.

Des corps nus.

Des matelas.

Et surtout…

le silence.

Je pénétrai dans la pièce.

Quelques regards se tournèrent immédiatement vers moi.

Je répondis à certains.

En évitai d’autres.

Puis en retrouvai quelques-uns.

Parce que c’était précisément cela, le jeu.

Nous avions retiré nos vêtements mais, paradoxalement, nous n’étions pas encore véritablement nus.

Il restait cette dernière protection derrière laquelle nous nous cachons constamment :

la parole.

Impossible de demander :

« Tu viens souvent ici ? »

Impossible de complimenter.

Impossible de séduire par l’humour.

Impossible de meubler un silence gênant.

Impossible même de demander à l’autre ce qu’il cherchait.

Il fallait regarder.

Et accepter d’être regardé.

Par moments, quelqu’un oubliait la règle et murmurait quelques mots.

Immédiatement, quelque part dans la salle :

Chut…

Puis un autre :

Chut…

Et parfois plusieurs personnes s’y mettaient.

C’était irrésistiblement drôle.

Nous étions plusieurs dizaines d’adultes complètement nus dans un appartement viennois recouvert de matelas et nous nous faisions rappeler à l’ordre comme des enfants dans une bibliothèque.

Puis les regards reprenaient.

Et quelque chose commença à changer.

Parce qu’à force de ne pouvoir parler, on regardait vraiment.

Trois coups

Il apparut soudain.

Une sorte de maître de cérémonie.

Masqué.

Une grande cape sur les épaules. Mais lui aussi, intégralement nu.

Il avait quelque chose d’un grand prêtre improbable sorti d’une cérémonie secrète dont nous aurions oublié la religion.

Il réclama notre attention.

Puis trois coups retentirent.

Il expliqua les règles en anglais.

Elles étaient finalement très simples : nous avions eu le temps de nous observer, de nous choisir, de nous désirer. Le consentement restait la seule véritable grammaire de cette étrange conversation.

Puis il leva de nouveau la main.

Trois coups.

Et la chasse fut ouverte.

Je crois que c’est à cet instant que j’ai compris la puissance de l’expérience.

Nous avions passé tellement de temps à nous regarder que le désir avait eu le temps de s’accumuler.

De devenir presque matériel.

Depuis quelques minutes, une femme me fixait.

Blonde. Les cheveux bouclés, mi-longs. Grande, élancée. Probablement quelque part dans la seconde moitié de la quarantaine.

Magnifique.

Mais surtout cette beauté que j’ai toujours trouvée infiniment plus troublante que celle de la jeunesse : celle d’une femme qui semble parfaitement savoir pourquoi elle est là.

Elle me regardait.

Je la regardais.

Nous n’avions échangé absolument aucun mot.

Et au troisième coup…

elle traversa la distance qui nous séparait.

Il n’y eut plus besoin d’explications.

La grammaire des corps

La grammaire des corps

Elle ne marcha même pas vraiment vers moi.

Elle fondit sur moi.

Quelques secondes auparavant, nous étions encore deux inconnus nus qui se dévoraient des yeux à quelques mètres de distance. Trois coups avaient suffi pour abolir cette distance.

Nous nous embrassâmes debout, immédiatement, brutalement presque.

Aucune prudence dans ce premier baiser. Aucune de ces hésitations que l’on rencontre habituellement lorsqu’on découvre une bouche. Elle m’attrapa comme si cette première heure passée à me regarder avait déjà constitué tous les préliminaires nécessaires.

Mes mains descendirent sur ses fesses.

Les siennes sur moi.

Je la poussai contre le bord du comptoir du bar et l’embrassai encore. Son corps était magnifique. Grand, élancé, mature, avec cette féminité assumée des femmes qui n’ont plus besoin de demander la permission d’être désirables.

Ma main glissa entre ses cuisses.

Je la doigtai là, debout, directement contre le comptoir.

Elle écarta davantage les jambes.

Voilà.

Ça, c’était une réponse.

Autour de nous, la chasse venait à peine d’être ouverte et déjà la pièce entière semblait s’être embrasée. Les premiers couples avaient disparu sur les matelas. D’autres groupes se formaient. Les respirations devenaient des soupirs, les soupirs des râles et, parfois, un cri traversait la grande pièce avant de mourir quelque part contre les murs de ce vieil appartement viennois.

Mais toujours aucun mot.

Ma blonde m’attrapa par la main.

Elle avait manifestement décidé que le comptoir n’était qu’un apéritif.

Elle me conduisit vers les deux banquettes près de la cheminée. Presque tout était déjà occupé, mais il restait un petit coin de canapé.

Cela suffirait.

Oh oui.

Cela suffirait largement.

Elle s’y installa et m’attira contre elle.

Nous n’étions séparés des autres que par quelques dizaines de centimètres. À notre gauche, un autre couple était déjà lancé dans sa propre aventure. Plus loin, des corps s’enchevêtraient sur les matelas. Il n’existait plus véritablement de scènes individuelles : toute la pièce était devenue une immense valse de peaux, de fesses, de mains, de sexes, de soupirs et de regards.

Et nous en faisions maintenant partie.

Je la pris d’abord face à moi, sur ce petit morceau de canapé que nous avions réussi à conquérir.

Je voulais la regarder.

Surtout cela.

Après avoir passé tellement de temps à la désirer uniquement des yeux, je pouvais enfin observer son visage pendant que nos corps s’emboîtaient et trouvaient leur rythme.

Je lui saisis les seins.

Elle se cambra.

Ses jambes cherchèrent autour de moi un meilleur appui et elle accompagna mes mouvements avec une vigueur qui me fit rapidement comprendre que la grande dame élégante que j’avais observée quelques minutes auparavant n’avait absolument rien de fragile.

Elle aimait être baisée.

Et elle savait le montrer.

Nous changeâmes plusieurs fois de position, moins par recherche de performance que par gourmandise.

Face à face d’abord.

Puis elle se retourna.

Elle s’appuya sur le canapé et m’offrit ses fesses.

Cette image-là m’est restée.

La blonde élégante.

Les cheveux bouclés tombant devant son visage.

Le dos cambré.

Ses fesses offertes devant moi.

Et, tout autour, cette incroyable cacophonie de plaisir dans laquelle le seul son interdit restait la parole.

Je la pris par derrière.

Mes mains sur ses hanches d’abord, puis sur ses fesses, ramenant son bassin contre moi. Elle répondait à chaque poussée en revenant elle-même à ma rencontre.

Nous ne faisions plus vraiment l’amour.

Nous baisions.

Joyeusement.

Goulûment.

Sans la moindre nécessité de rendre la chose plus romantique qu’elle ne l’était.

Un homme s’approcha.

Il nous observa quelques secondes puis lui proposa silencieusement de se joindre à nous.

Elle tourna la tête.

Le regarda.

Et fit non.

Pas maintenant.

J’adorai ce détail.

Parce que dans cette pièce apparemment livrée à tous les excès, rien n’était pourtant dû à personne. Un regard pouvait ouvrir une porte. Un autre pouvait immédiatement la refermer.

L’homme comprit.

Il s’éloigna de quelques centimètres à peine et tenta sa chance auprès de notre voisine.

Manifestement, il lui plaisait davantage.

Quelques instants plus tard, les sons provenant de notre gauche indiquèrent assez clairement qu’il avait trouvé de quoi s’occuper.

Je souris.

Ma blonde se retourna vers moi.

Et notre chevauchée reprit.

Je pris mon temps avec elle. Je ralentissais lorsque je la sentais approcher de l’orgasme, puis recommençais. Mes doigts retrouvèrent son sexe. Ma bouche son cou, ses seins, sa bouche. Nous alternions les positions dans l’espace ridiculement petit qui nous appartenait, comme si cette contrainte rendait encore le jeu plus obscène.

Elle jouit une première fois.

Puis encore.

Son corps devenait de moins en moins élégant et de plus en plus animal.

Et c’était absolument délicieux.

Pour notre bouquet final, elle se présenta de nouveau à moi, les fesses tournées vers mon sexe.

Cette fois, notre jeu devint plus pervers.

Je la sodomisai.

Lentement d’abord, puis avec le rythme beaucoup plus sauvage qu’elle réclamait désormais de tout son corps.

Elle se cambrait contre moi.

Je la tenais fermement par les hanches.

Et ce fut ainsi, au milieu des autres corps et des râles de parfaits inconnus, qu’elle jouit encore.

Fort.

Très fort.

Son plaisir éclata jusqu’à cette fontaine spectaculaire qui vint conclure notre chevauchée et nous laissa tous les deux haletants sur notre minuscule coin de canapé.

Je la regardai.

Cheveux défaits.

Joues rouges.

Encore essoufflée.

Toujours aussi classe.

Et je me souviens parfaitement de ce que j’ai pensé.

Quelle salope.

Une salope magnifique.

Une salope élégante.

Une de ces belles salopes qui vous font comprendre que le mot peut parfois être un formidable compliment lorsqu’il est pensé avec désir plutôt qu’avec mépris.

Mais soyons justes.

Je n’étais certainement pas en reste.

Elle était une belle salope.

Et moi, à cet instant précis, j’étais un très heureux salop.

Et nous n’avions toujours pas échangé un seul mot.

C’était peut-être cela, finalement, la véritable grammaire des corps.

Les corps formaient puis défaisaient leurs alliances avec une étonnante fluidité.

Et au milieu de tout cela, pas une phrase.

Seulement les respirations.

Les soupirs.

Les gémissements.

Les cris parfois.

Car voilà toute la subtilité de la règle :

il était interdit de parler.

Pas de ressentir.

Cette distinction changeait absolument tout.

Lorsque les mots disparaissent, le moindre frémissement devient une phrase.

Une main posée sur une hanche devient une question.

Un corps qui se rapproche devient une réponse.

Un regard maintenu quelques secondes de plus devient parfois une proposition parfaitement intelligible.

Et un regard détourné signifie tout aussi clairement :

non.

Je crois que c’est précisément cela qui m’a fasciné ce soir-là.

Nous avions supprimé le langage sans supprimer la conversation.

Nous avions simplement changé de langue.

Premier entracte

Vers 21 h ou 21 h 30, le premier mouvement de la soirée s’arrêta.

Les corps se séparèrent.

On retourna vers le bar.

Je pensais naïvement que la soirée touchait à sa fin.

Le maître de cérémonie réapparut.

Pas du tout.

Nous pouvions boire quelque chose, reprendre nos esprits et, pour ceux qui le désiraient, recommencer.

La soirée pouvait continuer jusqu’à cinq heures du matin.

Je regardai autour de moi.

Manifestement, Vienne n’avait aucune intention de se coucher tôt.

Je pris un verre.

Ma belle blonde était déjà partie vers d’autres aventures.

Et c’était très bien ainsi.

Il existe une étrange absurdité à vouloir posséder quelqu’un dans un lieu précisément conçu pour célébrer l’éphémère.

Nous nous étions désirés.

Nous nous étions rencontrés.

Nous nous étions compris sans connaître jusqu’au son de nos voix.

Le contrat était rempli.

Je repartis donc explorer.

Deuxième mouvement

Après mon verre, je repartis papillonner.

C’est probablement le mot qui convient le mieux. Je n’avais plus véritablement de partenaire, plus vraiment de destination non plus. Je circulais nu entre les matelas, m’arrêtant lorsqu’un regard m’invitait, repartant lorsqu’un autre désir m’appelait ailleurs.

Je rejoignis d’abord un petit groupe formé autour d’une femme délicieusement ronde, un peu chubby, dont les courbes généreuses avaient immédiatement attiré mon regard.

Elle était penchée devant un homme qui semblait être son mari ou son amant et qu’elle suçait avec application. Je vins derrière elle. Un regard, un mouvement de ses hanches vers moi : dans cette soirée où personne ne parlait, la réponse ne pouvait guère être plus claire.

Je la pris ainsi, par derrière, pendant qu’elle continuait à s’occuper de lui.

J’aimais cette image presque indécente : son corps généreux entre nous deux, ses fesses venant à ma rencontre tandis que sa bouche appartenait à l’autre. Chaque mouvement la faisait osciller entre nous. Lui et moi nous regardions parfois par-dessus son dos. Pas de rivalité. Pas même un mot. Seulement cette complicité animale et momentanée consistant à partager le plaisir d’une même femme.

Puis je repartis.

Un peu essoufflé.

Et, forcément, un peu moins vaillant qu’à mon arrivée.

C’est là que je la vis.

Elle devait avoir une cinquantaine d’années. Superbe. Très belle, très classe, avec cette élégance autrichienne presque sévère qui rendait la scène encore plus obscène.

Trois hommes s’occupaient déjà d’elle.

Elle se faisait littéralement brasser entre eux avec un enthousiasme qui ne laissait aucun doute sur son plaisir.

Je regardais depuis quelques instants lorsqu’elle m’aperçut.

Elle leva simplement la main.

Puis replia les doigts vers elle.

Viens.

Je m’approchai.

Elle ne me laissa même pas le temps de réfléchir à la manière dont j’allais retrouver toute ma vigueur après ma précédente partenaire. Elle me prit immédiatement en bouche.

Problème réglé.

Quelques instants plus tard, elle déroulait elle-même un condom sur moi.

Puis…

hop.

Elle vint s’installer sur moi, face à moi.

Elle me chevaucha avec des mouvements incroyablement amples. Elle remontait lentement le long de ma queue jusqu’à presque me laisser sortir d’elle, parfois complètement, avant de redescendre et de m’engloutir à nouveau.

Je pouvais regarder son visage.

C’était probablement ce qui rendait la scène si belle.

Parce qu’elle n’était pas simplement au milieu de quatre hommes.

Elle les dirigeait.

Deux queues se présentèrent naturellement près de son visage.

Elle les accueillit avec la même gourmandise.

Une bouche, deux hommes, ses mains qui complétaient ce que ses lèvres ne pouvaient prendre simultanément, tandis que son bassin continuait son mouvement sur moi.

Le troisième homme enfila à son tour un condom.

Je compris ce qu’ils avaient en tête lorsqu’il vint se placer derrière elle.

Sa queue apparut entre ses cuisses.

Puis vint se poser exactement là où j’étais déjà.

À l’entrée de sa chatte.

Elle s’arrêta une fraction de seconde.

Le regarda.

Puis recommença à descendre sur moi.

Il poussa.

Elle grogna.

Pas un mot.

Juste ce grognement magnifique qui résonna dans la pièce.

Et nous nous retrouvâmes tous les deux en elle.

Sa queue était sensiblement plus grosse que la mienne et, très franchement, il ne me laissait plus énormément de place.

Mais qu’est-ce que c’était bon.

Nous essayions maladroitement de coordonner nos mouvements. Lorsqu’il avançait, je reculais légèrement. Lorsqu’il ressortait, je revenais. Puis parfois nous poussions ensemble et elle lâchait ce même son rauque, presque animal.

Nos queues coulissaient dans sa chatte trempée.

Je sentais l’autre contre moi à travers cette incroyable pression de son sexe qui nous enfermait tous les deux.

À plusieurs reprises, je crus que j’allais simplement être chassé dehors.

Je résistais.

Elle continuait à nous chevaucher.

Et les deux autres hommes continuaient de se présenter à sa bouche.

Puis celui qui était derrière elle se retira.

Quelques secondes de répit.

Je crus presque que notre petit numéro était terminé.

Pas du tout.

Il se repositionna.

Cette fois plus haut.

À l’entrée de son cul.

Elle cambra légèrement le dos.

Il poussa lentement.

Son anus résista à peine avant de céder progressivement sous la pression et de l’accueillir entièrement.

Et là…

je le sentis.

Pas directement, évidemment, mais à travers elle.

La pression exercée sur ma queue devint soudain considérable. Son sexe semblait m’enserrer davantage encore et chacun de ses mouvements me donnait l’impression que j’allais être expulsé de sa chatte.

Je dus littéralement lutter pour y rester.

Elle, entre nous, grognait maintenant à chaque mouvement.

Nous reprîmes notre rythme.

Lui dans son cul.

Moi dans sa chatte.

Deux autres hommes autour de sa bouche.

Et cette femme incroyablement élégante, rencontrée quelques minutes auparavant dans un appartement viennois, qui semblait avoir décidé qu’elle nous voulait tous.

Je sentis soudain le corps de l’homme derrière elle se tendre.

Il jouit violemment.

Elle réagit presque immédiatement.

Son corps se contracta entre nous et son grognement devint un long cri sans mots.

Cela suffit.

Je tins encore quelques secondes.

Peut-être moins.

Puis je jouis à mon tour.

Et pendant quelques instants, plus personne ne bougea.

Quatre hommes.

Une femme.

Essoufflés.

Enchevêtrés.

Toujours parfaitement incapables de connaître le son de la voix des autres.

Je crois que c’est précisément à cet instant que cette soirée atteignit pour moi quelque chose de merveilleusement pervers.

Nous venions de partager une intimité que la plupart des gens n’oseraient même pas raconter.

Et pourtant…

nous ne nous étions toujours pas dit bonjour.

Le paradoxe du silence

Je suis parti vers minuit.

J’aurais pu rester jusqu’à cinq heures.

Je n’en ressentais pas le besoin.

Certaines soirées doivent se terminer précisément au moment où l’on pourrait encore en vouloir davantage.

Je me rhabillai.

Je ressortis dans Vienne.

Et le monde recommença à parler.

Des voitures.

Des conversations.

Des téléphones.

Des voix.

Tout ce vacarme ordinaire auquel nous ne prêtons même plus attention.

Et je repensais à cette pièce.

À cette cheminée.

Aux matelas.

À cette femme blonde dont, finalement, je ne savais presque rien.

Je ne connaissais ni son métier, ni sa vie, ni même probablement son prénom.

Mais pendant quelques heures, nous avions su quelque chose de beaucoup plus immédiat l’un de l’autre :

nous nous étions désirés.

Et si nous parlions trop pour savoir désirer ?

Avec les années, c’est probablement ce que je retiens le plus de cette Silent Party.

Nous passons notre temps à expliquer notre désir.

Nous avons des profils.

Des descriptions.

Des listes.

Des applications.

Des messages privés.

Des « je cherche ».

Des « je ne cherche pas ».

Des photos soigneusement choisies.

Des conversations interminables avant de décider si quelqu’un mérite enfin d’être rencontré.

Et tout cela a son utilité.

Mais parfois je me demande si, à force de vouloir mettre le désir en mots, nous ne finissons pas par l’emprisonner dedans.

Cette soirée avait fait exactement l’inverse.

Elle avait retiré les mots.

Et lorsque vous retirez les mots, il reste quelque chose de terriblement primitif.

Le regard.

La distance entre deux corps.

La façon dont quelqu’un vous observe lorsque vous détournez les yeux.

La manière dont cette personne soutient votre regard lorsque vous revenez vers elle.

L’attente.

L’incertitude.

Puis cette fraction de seconde où vous comprenez tous les deux.

Oui. Une sorte de « Lapin Blanc » auquel ON DÉCIDE de préter attention, ou pas…

C’est peut-être cela que j’aimerais retrouver un jour.

Pas nécessairement cette soirée.

Pas ces personnes.

Pas même Vienne.

Mais cette sensation.

Entrer quelque part.

Retirer mes vêtements.

Laisser mon téléphone, mon métier, mon statut, mes histoires et jusqu’à ma langue au vestiaire.

Puis me retrouver devant quelqu’un.

Nu.

Silencieux.

Et devoir recommencer à apprendre cette langue extrêmement ancienne que nous avons parfois oubliée.

Regarder.

Désirer.

Attendre.

Et laisser l’autre répondre.