S’il y a une personne à qui j’appartiens, c’est moi-même.
Cela peut paraître arrogant. Peut-être même égoïste. Mais c’est une vérité longuement mûrie, distillée au fil de vingt années de libertinage, entre regards brûlants, peaux offertes et plaisirs choisis. Le libertinage m’a appris que je suis à moi. Mon corps n’obéit qu’à mon désir. Et ce désir ne supporte ni cage ni serment. Il s’offre. Ou il s’éteint.
Oui, nous naissons attachés. Une mère, un cordon, puis des règles, des modèles. Et parfois, il faut une vie pour couper. Le libertinage, lui, m’a tendu les ciseaux avec douceur et clarté.
C’est dans cet esprit de liberté que je veux raconter cette soirée. Ce samedi.
Une soirée privée délicieuse, raffinée, à la fois feutrée et bouillonnante.
Merci aux hôtes, sincèrement. Vous avez su créer un écrin de volupté intelligente, un cocon d’ombres et de désirs, où les corps se cherchent sans se posséder. Ce genre de soirée rare, que l’on n’oublie pas.
J’y étais accompagné. Délicieusement accompagné.
Une femme libre, complice, charnelle. Une femme dont le rire éclaire une pièce et dont les caresses me traversent. Quand je suis avec elle, tout devient plus dense.
Mais avant que nos chemins ne se rejoignent dans la soirée, une autre m’a happé.
Littéralement.
Sans un mot, elle m’a pris la main.
Son regard disait tout. Une invitation brute, pulsionnelle.
Et j’ai suivi. Son désir s’offrait comme un fruit mûr. Et je l’ai mordu.
Nous avons filé au sous-sol. Là, dans l’ombre chaude et vivante, elle s’est donnée sans détour. Une bouche avide. Un corps vibrant. Un plaisir fulgurant.
Nous avons gémi, haleté, tremblé ensemble. Un pur abandon.
Et puis, je suis remonté.
Non pas coupable.
Mais empli.
Car je n’avais jamais perdu le fil. Je n’oubliais pas celle pour qui j’étais venu.
Elle était là, rayonnante. Et dès que nos regards se sont croisés, nous avons su.
Nous avons redescendu ensemble.
Le second passage au sous-sol fut une tout autre ivresse. Une fusion.
Une symphonie à deux, cernée de soupirs, d’échos, de peaux mêlées.
Mais dans ce chaos délicieux, je ne voyais qu’elle. Chaque gémissement autour de nous rendait notre plaisir plus aigu. Chaque souffle tiers soulignait le nôtre.
Nous avons joui longuement, intensément. L’un pour l’autre. L’un avec l’autre.
Sans promesse. Mais avec tout.
J’étais à elle, dans cet instant.
Elle était à moi.
Non par devoir. Par désir.
Un lien fugace, mais brûlant. Et c’est tout ce que je reconnais : le choix renouvelé.
Ce n’est que plus tard, bien plus tard, alors que la nuit était retombée, que la conversation a surgi. Nous n’étions plus côte à côte. Elle est venue par message, dans le silence doux d’un retour au réel. Comme un dernier souffle d’intimité glissé à distance :
« Est-ce que tu pourrais m’appartenir ? »
Et là, dans le calme du retour, la question m’a troublé.
Parce que non, je ne le peux pas.
Je ne veux pas.
J’ai déjà essayé.
Pendant des années, j’ai vécu dans un mariage où l’on croyait que s’aimer signifiait s’appartenir.
J’y ai mis tout ce que je pouvais.
J’ai cru qu’il fallait sacrifier un peu de soi pour construire quelque chose à deux.
Et nous avons construit. Une vie, des souvenirs, des maisons, des enfants.
Des promesses aussi.
Mais au fil du temps, j’ai compris que l’amour ne suffit pas à justifier la captivité douce du quotidien.
Que le désir ne se nourrit pas de compromis, ni de rendez-vous obligatoires.
Que l’on peut aimer profondément, sincèrement, et pourtant ne plus brûler.
Et qu’alors, s’attacher devient s’user.
Ce que j’ai compris depuis, c’est que le feu n’accepte pas les chaînes.
Que le vrai lien, c’est celui qu’on renouvelle chaque jour.
Non pas parce qu’on doit.
Mais parce qu’on veut.
Alors non, je ne peux pas t’appartenir.
Je peux te choisir.
Te désirer.
Te retrouver.
Mais pas être à toi.
Le libertinage m’a appris ceci : je peux offrir mon désir sans m’y perdre. Je peux jouir de plusieurs corps sans trahir personne. Car je ne suis à personne. Et nul n’est à moi. Ceux qui m’accompagnent sont libres, et c’est cela qui les rend précieux
Je ne suis pas un dominant.
Pas un soumis.
Pas un objet.
Et je n’en veux pas non plus.
Ce que je veux, c’est brûler. Ensemble. Et librement.
Je suis un homme de désir.
Pas de règles.
Un homme de présence.
Pas de possession.
Et si je suis là, c’est parce que j’ai choisi d’être là.
Alors à toi, merveilleuse complice de cette nuit :
merci.
Pour ton rire. Ton abandon. Ton regard intense.
À toi, qui m’as happé dans un frisson,
merci aussi.
Pour la fulgurance. Pour l’offrande.
Et à vous tous, hôtes et participants, qui créez ces espaces où l’on se choisit sans se garder,
merci.
Vous rendez ce monde plus beau.
Je ne vous appartiens pas.
Mais ce soir, j’étais là.
Et c’était déjà tout.



