Billet intime, pour ceux et celles qui jouissent fort…

Je ne suis ni soumis, ni dominant.
Pas vraiment. Ou alors, seulement à la marge.
Je suis celui qui répond. Celui qui écoute. Celui qui tremble quand tu jouis.

On me demande parfois : « Quel est ton rôle ? »
Mais je n’ai pas de rôle. Je suis un reflet.
Je me plie à ton souffle, à ton rythme, à ta montée.
Je deviens ce que tu m’imposes sans le dire.
Et si je m’abandonne, ce n’est pas à ta main. C’est à ton orgasme.

Je suis dépendant de tes orgasmes

C’est là ma drogue. Ma faille. Mon pouvoir aussi.
Je suis dépendant. Totalement. Incurablement.
Dépendant de la vague qui te traverse, de ta nuque qui se cambre, de tes doigts qui agrippent, de ta bouche qui s’ouvre sans chercher de mots.

Depuis cette chirurgie, depuis que mon corps n’expulse plus — mais vibre encore —, j’ai compris ce que jouir voulait vraiment dire.
Je n’ai plus besoin d’éjaculer pour sentir que je jouis. Il suffit que tu jouisses. Que tu vibres. Que tu cries. Que tu gémettes.
Et je bascule.

À L’Orage, lors de la dernière soirée “Public Disgrace”…

Je ne suis pas adepte de BDSM. Ni des jeux de pouvoir, ni des mises en scène d’humiliation.
Et pour être tout à fait honnête, les dernières éditions de Public Disgrace au club L’Orage, à Montréal, m’avaient laissé un goût fade en bouche. Trop de monde. Trop de tensions. Une atmosphère saturée, où il devenait difficile de respirer, de ressentir, de simplement être.

Mais cette fois-là, les astres s’étaient alignés.
J’avais le privilège d’accompagner une femme superbe, lumineuse dans sa liberté, vibrante dans sa façon d’occuper l’espace.
Nous sommes montés à l’étage, dans la pièce devant la douche. L’endroit était parfait — feutré, contenu, avec juste assez de monde pour s’inspirer sans s’écraser.

Quelques hommes s’y trouvaient aussi. Certains, il faut le dire, manquent encore de cette élégance de se tenir à bonne distance. L’espace est une forme de respect, surtout pour les couples. Mais ils n’étaient pas majoritaires, heureusement. Et très vite, tout cela s’est effacé.

Parce qu’il n’y avait plus qu’elle. Et son corps.
Et mes doigts.

Je la sentais vibrer. Trembler presque. Comme un instrument trop tendu. J’ai joué. Avec douceur. Avec précision.
Et tout son corps a commencé à se tordre, à se déployer.
Elle n’a pas cherché à retenir quoi que ce soit.
Et alors, l’orgasme est venu.
Puis un deuxième.
Et ils étaient puissants. Vocaux. Lumineux.
Le genre d’orgasme qui prend toute la pièce avec lui.
Le genre de jouissance qui n’appartient plus à la personne qui la vit, mais qui contamine tous ceux qui écoutent.

Et moi, au centre de cette onde, j’étais là.
Immobilisé, bouleversé, nourri.

Et samedi dernier, encore à L’Orage…

Les anniversaires de plusieurs membres.
A l’étage, une ambiance feutrée, complice.
Mes sublimes partenaires étaient de feu et de miel.
Il et elles jouissaient comme on peint un tableau : par couches, par élans, par reprises.
Je les ai prises, prises encore, laissées m’engloutir, la bouche, les mains, les reins.

Puis, à un moment, j’ai arrêté.

Je me suis allongé.
Je ne faisais plus rien.
Je ressentais.

Autour de moi, l’espace tout entier vibrait d’orgasmes.
À gauche, une femme hurlait dans un rire nerveux.
À droite, un couple haletait en cadence, sans pudeur.
Plus loin, un soupir long et retenu s’étirait comme un solo de violoncelle.

Et en contrebas, un groupe s’était formé.
Leurs soupirs, leurs gémissements de plaisir, leurs respirations hachées, les claquements de peau…
Leurs orgasmes montaient jusqu’à moi, comme une brume chaude et vivante, qui m’enveloppait sans me toucher.
J’étais dans une capsule de plaisir collectif, baigné dans une chorale d’extase.
Et là, étendu, parfaitement immobile, j’ai joui encore.
Pas de mon sexe. De mon âme.

L’Orage permet cela.
Un luxe rare.
Une forme de liberté qui n’exige ni performance, ni virilité imposée, ni domination visible.
Seulement l’écoute.

Ce que le Club L, que j’aime autrement, ne propose pas aussi facilement. Là-bas, l’espace est plus social, plus festif, plus rythmé.
Mais à L’Orage, on ressent plus loin.
On jouit à travers les autres sans même les connaître.

Alors oui, je suis dépendant.

Dépendant de ces orgasmes volés, offerts, partagés.
Dépendant de cette onde qui ne m’appartient pas, mais qui me traverse.
Dépendant des femmes qui jouissent fort, des hommes qui se laissent aller, des soupirs qui n’ont pas besoin de mots.

Je suis un collectionneur d’orgasmes, un épicurien de l’extase d’autrui.
Et je sais aujourd’hui que c’est là, précisément là, que se trouve ma vérité.

Pas dans un rôle. Pas dans un pouvoir.
Mais dans le frisson que je vois grimper le long de votre dos,
dans la larme qui perle à la commissure de vos paupières quand le vertige est trop fort,
dans ce moment suspendu, ce silence après la tempête.

Oui, je suis accro à vos orgasmes.
Et je ne veux plus m’en guérir.

Merci.
Merci de m’avoir possédé, sans me toucher autrement qu’avec ton plaisir.